« Notre aptitude à optimiser notre potentiel dépend de deux éléments importants : premièrement, la longueur de notre levier – la réserve de puissance et de capacité dont nous pensons disposer –, et deuxièmement, la position de notre point d’appui – l’état d’esprit avec lequel nous générons le pouvoir de changer. »

On souligne souvent l’importance de l’état d’esprit lorsque l’on aborde un projet, une épreuve ou tout simplement quelque chose d’important et d’exigeant. Comme nous allons le voir, il ne s’agit pas que d’un conseil galvaudé ou d’un « truc » qui n’aurait pas vraiment d’impact : la recherche montre précisément que l’état d’esprit peut tout changer !

L’état d’esprit fixe et l’état d’esprit de développement

Notre état d’esprit, même s’il ne détermine pas tout, peut avoir un impact très important sur les objectifs que l’on se fixe et sur la réussite d’une manière générale. Lorsque l’on pense que tout est joué d’avance et que chacun a des atouts ou des faiblesses innées, on peut finir par adopter une posture de résignation. On pense alors qu’on est définitivement « pas fait pour » tel ou tel domaine ce qui peut amener à développer de réels blocages. Dans les cas d’échecs répétés ayant lieu dans un contexte qui favorise la résignation, et ce même si ceux-ci sont plus liés à un biais de perception qu’à une réalité, on peut effectivement développer ce qu’on appelle une mentalité déterministe.

Cette mentalité est pourtant fondamentalement biaisée. En effet, le développement de toute compétence se base sur des motivations, l’utilisation de méthodes appropriées et un effort soutenu. Seules les compétences exceptionnelles ou extrêmes peuvent être limitées par des aspects physiques ou physiologiques. C’est par exemple le cas pour les carrières sportives de très haut niveau où, à entraînement égal, les différences génétiques peuvent créer des écarts de performance insurmontables.

Carol Dweck, chercheuse en psychologie, fait justement la distinction entre ceux qui ont un état d’esprit « fixe » et ceux qui ont un état d’esprit de « développement » ou de « croissance ». Elle explique que « si les compétences et aptitudes initiales, les intérêts ou le tempérament peuvent varier de multiples façons d’un individu à l’autre, chacun a la possibilité de changer et de se développer par l’application et l’expérience ».

Ainsi, la théorie qu’ont les gens sur leur propre intelligence a un impact significatif sur la motivation, l’effort et la manière d’aborder les défis. Le modèle de Dweck & Leggett montre qu’une vision malléable de l’intelligence (état d’esprit de développement) a des conséquences cognitives, affectives et comportementales importantes.

Afin de mieux comprendre les implications de ces travaux, voyons précisément à quoi correspondent chacun de ces deux états d’esprit distincts.

Qu’est-ce que l’état d’esprit fixe ?

Dans cette configuration, on pense que chacun naît avec des points forts et des points faibles non modifiables, peu importe les efforts fournis pour s’améliorer. On cherche alors plutôt à éviter les situations révélant nos points faibles, néfastes pour l’estime de soi. De manière conjointe, on cherche à mettre en avant uniquement les domaines que l’on maîtrise. Et même dans les domaines que l’on maîtrise, cela peut mener à faire moins d’efforts pour s’améliorer, puisqu’on pense alors que nos compétences et notre efficacité sont déjà à leur maximum et qu’on ne peut rien faire pour les optimiser. Cela est dû au fait qu’on se perçoit comme « naturellement » bon dans ce domaine. Quand on a un état d’esprit fixe, on pense que les talents des uns et des autres sont des dons innés.

L’état d’esprit fixe est à la fois limité et limitant : les capacités ne peuvent être améliorés avec l’effort. L’échec est ici vu comme la confirmation de nos croyances plutôt que comme une opportunité d’apprendre. Paradoxalement, on ne naît pas avec cet état d’esprit et les enfants apprennent rapidement en se préoccupent peu de leurs erreurs. Mais, avec le temps, ceux-ci peuvent adopter cet état d’esprit fixe, qui est partout autour d’eux. Cela enlève l’amusement et l’aisance de l’apprentissage et rend les obstacles plus gros qu’ils ne le sont en réalité. C’est pourquoi en tant que parent et éducateur il est primordial de ne pas renforcer cet état d’esprit.

Qu’est-ce que l’état d’esprit de développement ?

Privilégier au contraire une vision incrémentale ou de développement de l’intelligence et des compétences a des conséquences positives (on parle de « growth mindset » en anglais). La croyance que toutes les capacités et talents peuvent être développés, cultivés et travaillés, permet de ne pas avoir peur de l’échec. Ici on ne se compare pas aux autres, mais à ses performances précédentes. Les personnes qui pensent que leur aptitudes peuvent être développées (à travers le travail, des stratégies appropriées et les conseils et retours des autres) ont un état d’esprit de développement. Elles ont tendance à accomplir plus de choses que celles qui ont un état d’esprit fixe.

Cet état d’esprit est fondé sur la croyance que l’intelligence, le talent et les capacités peuvent être développés avec le temps si on est prêt à faire les efforts nécessaires. Ici un obstacle est vu comme un challenge et une opportunité d’apprentissage qui permet aux individus de grandir en tant que personne. L’erreur est vue comme une chance d’apprendre et de s’améliorer. Les gens qui réussissent n’ont pas nécessairement plus de talents, de ressources et d’opportunités que les autres mais les utilisent de manière plus efficace.

Tout cela ne veut pas dire qu’il n’existe aucune différence naturelle en termes de talent ou d’opportunités entre individus. Il s’agit simplement de souligner le fait que nous utilisons ce que nous avons plutôt bien ou mal en fonction d’état d’esprits et d’attitudes qui conditionnent nos comportements. Certes, l’environnement peut être facilitateur ou bloquant, quel que soit l’état d’esprit adopté. Néanmoins, avec un état d’esprit de croissance on se sentira plus en possession de ses moyens pour répondre à cet environnement, plutôt que de le blâmer pour notre manque d’efforts ou de compréhension. Enfin, il ne faut pas confondre l’état d’esprit de développement avec le fait d’être flexible, ouvert d’esprit ou positif. Si on considère ces qualités comme quelque chose d’inné, on est toujours dans un état d’esprit fixe !

Plus encore que croire dans ses propres capacités, il est important de se convaincre que l’on peut les améliorer. Cliquez pour tweeter

Une vision binaire ?

Ces deux visions ne sont néanmoins jamais présentes de manière pure pour un individu dans n’importe quelle situation. En fonction des domaines, de l’humeur et de nos expériences, nous oscillons entre ces deux extrêmes. Le but étant, bien entendu, de plutôt faire pencher la balance vers l’esprit de développement afin d’être dans une dynamique positive et bénéfique pour l’atteinte de nos objectifs.

On retrouve dans des proportions à peu près égales la prédominance de l’une ou l’autre de ces deux visions dans la population . Cependant, cette prédominance (dans un sens ou dans l’autre) est rarement totale et parfaite. Cela signifie que alors que l’état d’esprit est quelque chose qui peut se modifier avec l’expérience et le travail. Même si on se croit peu efficace pour une tâche, rien n’empêche de développer des compétences dans ce domaine. Les changements viendront alors avant tout de la motivation et de l’application de méthodes appropriées.

L’état d’esprit dans l’éducation

Le système éducatif qui répartit les élèves par classe d’âge et qui prescrit des tâches scolaires identiques pour tous conduit à un classement d’aptitudes stables. Cela tend aussi à renforcer l’état d’esprit fixe au détriment d’un état d’esprit de développement. Les auto-évaluations des élèves deviennent alors proches de celles des enseignants et de leurs camarades, avec tout ce que cela peut entraîner comme intégration de l’échec ou de la réussite.

Féliciter les élèves pour leur travail est important, mais il faut faire attention à  ce sur quoi on met l’accent : les efforts ou les résultats. Les élèves loués seulement pour leur intelligence et leurs résultats vont développer un état d’esprit fixe et sont plus susceptibles de mentir et de tricher aux examens pour renvoyer une bonne image d’eux et continuer à obtenir des compliments !

Pour favoriser l’état d’esprit de développement on met au contraire l’accent sur les processus et la progression, plutôt que sur un résultat ponctuel. Les erreurs sont alors considérées comme faisant partie de l’apprentissage, et l’élève est plus encouragé à tester des choses, quitte à ce que cela ne marche pas. L’important étant d’essayer et d’analyser ses erreurs afin de progresser. Mais attention, l’état d’esprit de développement ne consiste pas uniquement à récompenser les efforts. Les résultats ont toujours leur importance. En effet, les efforts faits constamment en vain ne sont jamais positifs sur le long terme. En clair, dans l’état d’esprit de développement, on prend en compte la prise de risque et les efforts (le parcours), et pas uniquement un résultat précis (la ligne d’arrivée).

Le résumé des deux types d’état d’esprit

Comparaison des deux états d'esprit

L'état d'esprit de développement encourage la pleine exploitation de son potentiel ! Cliquez pour tweeter

Changer d’état d’esprit

Changer d’état d’esprit n’est pas nécessairement facile. Cela peut être un peu comme essayer de changer le côté duquel on croise les bras. Au départ, cela paraît curieux et inconfortable. Cependant, en alternant suffisamment les deux positions on finit par s’habituer celle qu’on n’avait pas l’habitude d’utiliser.

Il en va de même pour l’état d’esprit. Pour commencer à changer, il faut déjà prendre conscience de notre état d’esprit pour un domaine particulier. La réflexion, mais aussi la méditation, peuvent faciliter cette prise de conscience. On peut alors commencer à repérer les pensées liées à l’état d’esprit fixe lorsqu’on est confronté à certaines situations, ainsi que le dialogue interne qui s’en suit, le fait de se focaliser uniquement sur les résultats, etc. Grâce à l’attention que l’on porte à tous ces aspects, on peut recadrer les choses pour progresser vers un état d’esprit plus constructif.

Carol Dweck,chercheuse spécialiste du sujet, explique comment changer d’état d’esprit en 4 étapes :

  1. Apprendre à entendre la voix de votre état d’esprit fixe
  2. Prendre conscience qu’on a le choix
  3. Répondre avec une voix interne caractéristique d’un état d’esprit de croissance
  4. Agir selon l’état d’esprit de croissance

Conclusion

L’état d’esprit a donc une importance non négligeable. Une mentalité figée fait manquer les meilleures occasions de progresser et entretient la contre-performance, alors qu’un état d’esprit de développement permet d’accroître sans cesse les capacités d’un individu.

Alors si une tâche vous paraît compliquée ou que vous pensez que vous ne serez « jamais fait(e) pour » ce type d’activité, réfléchissez-y à deux fois. Avec la bonne méthode, vous pourrez progresser et vous améliorer !

Pour terminer, je vous invite à regarder cette vidéo de Carol Dweck qui vous permettra d’approfondir le sujet :

 

[1]
Achor S. Comment devenir un optimiste contagieux. Paris: Pocket; 2015.
[1]
Dweck CS. Osez réussir ! Mardaga; 2017.
[1]
Dweck CS, Leggett EL. A social-cognitive approach to motivation and personality. Psychological Review [Internet]. 1988 [cited 2017 Sep 1];95:256–273. Available from: http://doi.apa.org/getdoi.cfm?doi=10.1037/0033-295X.95.2.256.
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Bastien Wagener

Docteur en psychologie et Maître-praticien PNL, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain!

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Pulcherie
Pulcherie
5 mois plus tôt
Répondre à  Bastien Wagener

Merci pour cet article. Ca va beaucoup m’aider. J’ai 28 ans et je ne connais vraiment pas mon potentiel, ni réellement mes talents. C’est comme une prison.

BALLY
BALLY
21 jours plus tôt
Répondre à  Bastien Wagener

Bonjour,
Merci de nous avoir éclairé encore un peu plus sur nous même. Votre article a été pour moi comme une confirmation des conclusions que j’ai eu suite à une introspection de mon état d’esprit. Je vis cela comme un processus de développement de soi.
Merci encore 😉

SYLVIE redolfi
2 années plus tôt

Trop bon !

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