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L’essentiel du World Happiness Report 2023

Pour la 11e année consécutives l’ONU publie le World Happiness Report, l’état des lieux du bonheur dans le monde. Dans cette vidéo, je vous propose de découvrir l’essentiel du rapport de 2023.

Vous pouvez télécharger le rapport de cette année ici.

 

Transcription

Introduction

On va parler de ce World Happiness Report. Alors déjà qu’est-ce que c’est que le rapport annuel sur le bonheur ? Juste pour vous expliquer un petit peu le contexte donc en fait c’est parti de l’idée du Bonheur National Brut du Bhoutan qui a poussé ça auprès de l’Organisation des Nations Unies il y a une dizaine d’années. Ça a donné une impulsion pour étudier aussi le bonheur au niveau des institutions et donc depuis une dizaine d’années on a ces rapports tous les ans qui s’étoffent, qui deviennent de plus en plus complets complexes. Ils s’affinent et permettent de suivre un peu l’évolution du bonheur dans le monde, mais aussi de voir quels sont les raisons les causes du bonheur dans le monde. Évidemment c’est pas exhaustif, ça n’a pas cette vocation. Mais en tout cas ça permet d’aller un peu dans le détail.
C’est un consortium de scientifiques qui travaillent sur ce rapport avec l’ONU, l’Institut Gallup qui est un gros institut de sondage et un observatoire sur la qualité du travail plutôt dans le monde anglo-saxon mais dans le monde en général. Et donc ça permet d’avoir des mesures un petit peu un petit peu construites un petit peu détaillées sur le niveau de bonheur.

Plan du rapport

Donc en gros 5 chapitres :

  • le premier c’est la manière dont on mesure le bonheur
  • ensuite il y a le côté évolution pendant le COVID
  • puis il y a un chapitre sur le rôle dees États dans le bonheur
  • et ensuite on va avoir le lien entre comportements altruistes et bonheur
  • et enfin les réseaux sociaux comme un nouvel outil de mesure du bonheur dans le monde

Alors première chose à savoir c’est que 6 facteurs qui influencent le bonheur :

  • Le premier facteur c’est le PIB
  • autre facteur qui explique le bonheur c’est le soutien social (le fait d’avoir quelqu’un sur qui compter ou des personnes sur lesquelles compter dans les temps difficiles)
  • troisième variable c’est l’espérance de vie en bonne santé
  • quatrième variable : la liberté de choisir ce qu’on a envie de faire dans la vie, ce qu’on a envie d’exercer comme métier, si on a envie de faire des études ou pas, de changer d’endroit ou pas, la liberté de fonder une famille ou non, la liberté de on va dire de vivre son identité de manière assumée sans subir une répression quelconque
  • cinquième facteur, c’est la générosité, c’est à dire que le fait d’être tienne communauté de sentir qu’on est la cible de la générosité des autres et que les autres peuvent être l’objet de notre générosité
  • et puis enfin sixième critère c’est la perception de la corruption le fait qu’on est confiance en notre gouvernement, qu’on sente que notre gouvernement agit pour notre intérêt

Donc en plus de ces six facteurs, la manière dont il construisent les choses c’est qu’ils prennent les pays qui ont sur ces 6 facteurs et au niveau de la satisfaction la vie les moins bons résultats, et ils créent un pays artificiel (une dystopie) qui a donc les gens les moins heureux possibles, avec tout au plus bas. C’est juste une construction qui permet de mesurer tout le monde sur une échelle positive et de mettre en fait un plancher qui soit le même pour tout le monde.

 

Chapitre 1 – Favoriser le bonheur dans les 10 prochaines années

L’idée de ce chapitre est de dire que dans les 10 prochaines années, la tâche des principales institutions est de promouvoir des comportements et des conditions favorisant le bonheur. Commençons par les bases : comment mesure-t-on le bonheur ? Dans ce rapport, l’idée de masse est de demander une seule chose : globalement, à quel point êtes-vous satisfait de votre vie en ce moment, ces derniers jours ? Les gens répondent sur une échelle de 0 (complètement insatisfait) à 10 (totalement satisfait). Cette mesure est l’une des plus couramment utilisées pour mesurer le bonheur, bien qu’elle soit très réductrice. Il existe d’autres questionnaires et évaluations plus complexes pour mesurer le bonheur, mais lorsqu’on interroge des milliers de personnes dans le monde sur une longue période, il est compliqué d’utiliser ces mesures plus détaillées. En gros, environ 1 000 personnes sont interrogées dans chaque pays des 152 pays étudiés chaque année. C’est pour cela qu’on utilise des mesures simples et efficaces pour la recherche, même si elles ne sont pas aussi détaillées que dans une étude avec un échantillon réduit.

Ces études et recherches permettent de croiser les regards entre les résultats de l’étude et ce que l’on sait sur le bonheur par rapport à tel ou tel paramètre. Une chose que ces recherches ont montrée, c’est que dans les sociétés et les pays où la moyenne des gens a de fortes valeurs et un niveau de bonheur eudémonique élevé, les gens sont globalement plus heureux. Le bonheur eudémonique signifie le fait de faire preuve de vertu, de force de caractère et de comportements louables. Cela peut être le fait d’aider les autres, de rechercher l’équité, la justice, d’être quelqu’un qui a des valeurs morales élevées, etc. En gros, lorsque les citoyens sont vertueux et que les institutions soutiennent ces comportements, la société est en général plus heureuse.

Les institutions doivent donc soutenir le développement de ces comportements et le développement de choses qui ont du sens pour nous, et qui permettent l’épanouissement personnel, pas seulement dans le plaisir, le consumérisme et les divertissements, mais aussi dans le fait de trouver du sens à ce que l’on fait et que les choses qui ont du sens soient valorisées.

Les chercheurs ont également montré que la moyenne du bonheur dans un pays ne suffit pas. Il faut également prendre en compte les différences entre les plus heureux et les moins heureux, ainsi que la question du sens et de la cohésion sociale. Si on a un énorme écart entre les gens les plus heureux et les moins heureux, cela aura des conséquences négatives sur le bonheur d’un pays.

Favoriser le bonheur sur les 10 prochaines années

Quand on se projette à 10 ans sur comment rendre le monde plus heureux, la défense des droits de l’homme et le fait d’avoir des objectifs de développement durable font partie intégrante du bonheur, plutôt que d’être considérés comme un plus ou quelque chose qui est en conflit avec le bonheur. En défendant les droits de l’homme et le développement durable, on défend également le bonheur pour tous. Ce n’est donc pas antinomique, au contraire. Plutôt que de chercher à améliorer la vie des gens matériellement à court terme, si l’on regarde à long terme comment faire du développement durable et défendre les droits de l’homme, on s’intéressera également aux conditions matérielles.

En revanche, si l’on ne s’intéresse qu’aux conditions matérielles à court terme, on ne s’intéressera pas forcément au développement durable ni au bonheur des gens. Voilà la différence. Si vous avez un objectif à long terme qui intègre ces paramètres, vous vous intéresserez forcément aux conditions matérielles, à la fin du mois, à l’inflation et aux problématiques matérielles que rencontrent les gens. Si vous ne vous intéressez qu’aux problématiques matérielles économiques à court terme, vous ne vous intéresserez pas au développement durable. Les objectifs à long terme ne seront pas les mêmes, s’il y en a.

Ce que nous apprennent les millions de personnes qui répondent à des questionnaires sur le bonheur, c’est que les variables clés qui expliquent les différences de bonheur dans les pays sont les suivantes : la santé mentale et physique, les relations humaines (familiales, au travail, etc.), les revenus et l’emploi, le fait d’avoir un travail dans la notion de sens et d’intégration sociale, les vertus, les forces de caractère, la confiance, les comportements prosociaux (aller vers les autres, etc.), le soutien social, les libertés individuelles, l’absence de corruption dans un état, et le fait d’avoir un gouvernement efficace qui a des politiques publiques qui sont efficaces et ont des conséquences positives.

On constate des différences culturelles entre les pays, et c’est important de souligner cela. Les pays du Nord (Finlande, Suède, Danemark), qui sont très bien classés en général, ne sont pas plus riches que d’autres pays. Pourtant, ils ont un bonheur beaucoup plus important que d’autres pays. Ce qui les différencie fortement, c’est le niveau de confiance, de respect mutuel et de soutien, qui sont beaucoup plus développés que dans d’autres pays. Ces comportements-là sont valorisés dans ces pays-là et sont peut-être moins valorisés dans d’autres pays, qui sont pourtant plus riches. Et cela fait la différence au niveau du Bonheur National.

Le bonheur comme objectif

Et donc, les institutions doivent évoluer pour avoir cet objectif et favoriser le bonheur des individus. Sinon, cela va toujours avoir des limites en termes de pouvoir individuel d’influencer son bonheur. Il existe un bonheur personnel, mais si on le mesure au niveau macro, au niveau du bonheur d’un pays ou d’une région, il a ses limites. Autrement dit, à un moment donné, il faut aussi que le contexte favorise le bonheur. De manière un peu cynique, sans devenir trop extrême, cela signifie qu’il faut mettre en place des politiques qui favorisent le bonheur des gens en général. C’est parmi les objectifs du gouvernement d’être élu. Donc, petit conseil, si vous êtes un politicien à la tête d’un pays, si vous favorisez le bonheur des gens et que vous mettez en place des politiques publiques qui vont dans ce sens, vous avez plus de chances d’être réélu.

Les chercheurs qui ont écrit ce rapport conseillent que toutes les politiques publiques, y compris les dépenses, l’augmentation ou la baisse des taxes et la régulation, doivent être évaluées en termes d’impact sur le bonheur. Encore une fois, lorsqu’on parle de bonheur, on intègre le côté droit de l’homme et le côté développement durable, car cela impacte aussi le bonheur et renforce les choses.

En outre, l’idée d’une autre chose importante est de revenir sur les objectifs de développement durable. Les espaces verts ont un effet positif sur le bien-être des gens. Être en contact avec la nature et avoir des espaces verts a un effet sur le bien-être, il est donc important d’être confronté à ces espaces verts et de les conserver, de les préserver et même de les développer, notamment dans les villes. Les gouvernements ont pour tâche de protéger la nature, car protéger la nature, c’est protéger l’environnement, éviter le dérèglement climatique, mais c’est aussi préserver le bonheur des êtres humains.

Encore une fois, le bonheur est lié à la protection de l’environnement. Pour les adultes, il ne suffit pas de dire que de belles valeurs, telles que le courage, l’équité, la tolérance, l’ouverture d’esprit, etc., permettent d’être plus heureux. Il faut aussi les promouvoir, c’est-à-dire, comment faire pour les développer, pour développer l’équité, la maîtrise de soi, la modération, la confiance et les comportements prosociaux dans une société. Cette question doit être posée, car on ne peut pas simplement compter sur les individus pour le faire. Comme l’exemple des pays scandinaves le montre, ces pays ont culturellement des institutions et des comportements sociaux qui valorisent cela, et c’est aussi pour cela qu’ils ont un niveau de bonheur plus important.

Donc, si une société n’a pas des institutions favorables, les efforts individuels auront toujours des limites en matière de promotion du bonheur. Pour favoriser le bonheur, il est nécessaire de prendre en compte un ensemble de paramètres économiques pertinents qui ont une incidence sur le bien-être à long terme des citoyens. Pour y parvenir, les gouvernements doivent mettre en place des mesures qui évaluent l’effet des politiques publiques sur le bonheur des citoyens. En effet, le niveau de bonheur des individus est plus important que la santé économique dans l’explication de la réélection d’un gouvernement. Ainsi, pour être réélu, il est préférable pour un gouvernement de mettre l’accent sur la promotion du bonheur plutôt que de chercher à tout prix à développer l’économie du pays. Ceci conclut le premier chapitre.

 

Chapitre 2 – L’état du bonheur dans le monde en 2023

Dans le deuxième chapitre, nous allons aborder le classement. Pour ce faire, les chercheurs ont comparé les années de la pandémie (2020-2022) aux années précédant la pandémie (2017-2019) afin d’obtenir des résultats plus homogènes. De plus, la population a été séparée en deux groupes : la moitié la plus heureuse et la moitié la moins heureuse, afin de mesurer l’écart entre ces deux groupes.

La mesure du bonheur est importante à rappeler. Dans ces études, la satisfaction dans la vie est la première évaluation. Les participants sont interrogés sur leur niveau de satisfaction de la vie ces derniers temps, sur une échelle de 0 (pas du tout satisfait) à 10 (complètement satisfait). En général, un échantillon représentatif de la population du pays répond, composé d’environ 1000 personnes. Le classement des pays les plus heureux est établi en prenant la moyenne des trois dernières années de satisfaction de la vie dans ces pays.

Ensuite, les chercheurs mesurent les émotions positives et négatives ressenties dans les derniers jours. Les participants répondent par oui ou non à des questions telles que : avez-vous ri ? Avez-vous ressenti de la joie ou de l’intérêt pour quelque chose ? Ont-ils ressenti du souci, de la tristesse ou de la colère ?

Le classement des pays

Les résultats montrent que le classement est assez stable dans le temps. La Finlande reste en tête, suivie du Danemark avec moins de variations d’une année sur l’autre. Les pays du top du classement sont également plus proches les uns des autres que les pays du bas du classement. La satisfaction à la vie est mesurée sur une échelle de 0 à 10.

Alors, pour le classement, la Finlande est toujours en tête, le Danemark est deuxième et l’Islande est troisième. Israël est quatrième, les Pays-Bas sixième, la Suède septième et la Norvège huitième. Donc, vous voyez qu’il y a toujours une dominance scandinave. La France était 20ème l’année dernière, mais elle est passée à la 21ème place et n’est plus dans le Top 20. La Belgique est 17ème.

Vous voyez donc que les rangs de satisfaction de vie varient. La différence n’est pas très grande entre la France et la Belgique, seulement 0,2 points, mais il y a une grande différence entre la France et la Finlande, 1,2 point. Donc, ça ne va pas sans conséquence. Pour ce qui est des pays en tête du classement, les 10 premiers n’ont qu’une différence de 0,7 point entre le premier et le dixième, mais les 10 derniers ont une différence de 2,1 point entre le dernier et le dixième. Donc, il y a une grande différence selon la position dans le classement.

Les inégalités de bonheur dans les pays

Ensuite, on regarde la différence entre les deux moitiés d’un pays, la moitié la plus heureuse et la moitié la moins heureuse. L’Afghanistan est le plus bas, tout le monde est très malheureux, donc il n’y a pas beaucoup de différence. Mais en général, les pays qui sont plus heureux ont un gap moins important entre les plus heureux et les moins heureux. En Finlande, par exemple, l’écart est faible, tout comme aux Pays-Bas et au Danemark. La France est dixième en termes de différence. Ça rejoint toutes les études sur l’impact de la protection sociale sur le bonheur et la stabilité d’un pays. Ça montre que ça a un impact, même si ça ne fait pas tout. Les pays scandinaves ont tout un système de mécanismes pour réduire les inégalités sociales, et la France aussi. Ça a un effet sur le bonheur.

Bien sûr, je parle des pays qui sont dans le top du classement. Pour les pays qui sont moins heureux, comme le Tadjikistan ou l’Afghanistan, il y a très peu de différence entre les plus heureux et les moins heureux, tout le monde est très malheureux. Mais pour les pays les plus heureux, il est important d’avoir une réduction de la différence entre les plus heureux et les moins heureux, pour que tout le monde soit plus heureux.

Je vais vous expliquer comment on mesure les inégalités de bien-être dans les pays. En comparant la moitié la plus heureuse à la moitié la moins heureuse, on peut obtenir une bonne idée de ces inégalités. En Europe, ces écarts se sont réduits ces dernières années, surtout en Europe de l’Est. Malheureusement, en Europe de l’Ouest, on a plutôt une légère augmentation de ces écarts. Cela n’est pas une très bonne nouvelle. Cependant, il faut noter que la proportion de gens peu heureux en Europe de l’Ouest est assez faible par rapport au reste du monde et le niveau de bonheur global reste stable. Mais, depuis la pandémie, les gens les moins heureux ont vu leur niveau de bonheur baisser, alors que les gens les plus heureux sont restés à peu près au même niveau. C’est pour cela que le gap a augmenté en Europe de l’Ouest, contrairement à l’Europe de l’Est où il a plutôt tendance à se réduire, car les gens les moins heureux ont gagné en bonheur.

L’absence d’effet du COVID-19

En gardant à l’esprit que le niveau de bonheur est assez stable, la question qui se pose est de savoir pourquoi le Covid-19 n’a pas eu d’effet sur celui-ci. Il y a une première explication qui pourrait être la principale raison de l’absence d’impact négatif sur le bonheur. En effet, on a constaté une augmentation des comportements prosociaux pendant la période de la pandémie. Cette augmentation a eu un effet d’amortisseur sur la satisfaction dans la vie.

Cette explication est cohérente avec le fait que les communautés ayant un fort soutien social sont beaucoup plus résilientes face aux crises à grande échelle telles que les catastrophes naturelles, les tsunamis, les tremblements de terre, les accidents, les inondations, etc. Par conséquent, le fait d’avoir des communautés plus soudées, avec un soutien social accru, a entraîné une augmentation des comportements prosociaux pendant le Covid, et donc des communautés plus résilientes, qui ont maintenu un niveau de bonheur important.

Dans le rapport de 2021, il a déjà été constaté une augmentation des comportements prosociaux de 2% en Europe de l’Ouest et de 10% en Europe de l’Est. Entre 2020 et 2022, malgré une petite baisse en 2022, les comportements prosociaux, tels que les dons, le bénévolat, l’aide aux autres et les comportements de solidarité en général, sont restés plus élevés en 2022 qu’en 2020. Toutefois, l’avenir nous dira si la tendance baissière observée en 2022 se confirmera, ou si elle était simplement due à la crise sanitaire mondiale exceptionnelle. C’est ainsi que se conclut le deuxième chapitre.

 

Chapitre 3 – Comment les états influencent le bonheur de la population

Ce chapitre est intéressant car il explore le lien entre les politiques publiques et le niveau de bonheur. Il va au-delà de la psychologie positive qui se concentre souvent sur les choix individuels et les comportements individuels. Au lieu de cela, il examine comment les politiques publiques peuvent influencer le bonheur. Les pays peuvent être classés en trois catégories en fonction de leur gouvernement et de leurs intérêts. Pour qu’un État puisse mettre en place des politiques publiques qui favorisent le bonheur, il doit avoir la capacité fiscale de collecter des impôts de manière efficace et avec l’adhésion des individus et des entreprises. Il doit également avoir la capacité légale de créer et de faire respecter des lois et des contrats fiables, ainsi que des institutions de justice pour protéger les droits des individus et des entreprises. Enfin, il doit avoir la capacité collective de mettre en place des services publics et des institutions qui favorisent la santé publique et l’éducation, et d’avoir des agences qui permettent de mesurer et de développer les interactions entre l’État et les citoyens. Pour que l’État soit en mesure de promouvoir le bonheur de ses citoyens, il doit avoir une vision à long terme.

Politiques publiques et perspectives à long terme

En gros, ces dernières décennies, les politiques publiques ont perdu de vue la perspective et la projection à long terme. On peut prendre l’exemple de la France et du nucléaire, où on constate une perte de vue à long terme. Il y a trois types d’États : ceux aux intérêts communs qui investissent une grande partie de l’argent public pour le bien commun, ceux aux intérêts spécifiques qui sont gouvernés par une élite ou une ethnie pour se favoriser eux-mêmes, comme le Koweït, l’Arabie Saoudite ou la Chine, et enfin, ceux avec une instabilité politique où un groupe gouverne pour lui-même.

Pour passer à un État qui favorise le bonheur de ses citoyens, il ne suffit pas de dire qu’il faut favoriser l’adhésion aux taxes et mettre en place des lois. Il faut trouver des moyens concrets pour y arriver et mettre en place des politiques publiques qui permettent d’y arriver, ce qui n’est pas si facile que ça. Les mesures d’un État efficace, comme le service public, la capacité fiscale et la capacité de loi ont une forte corrélation avec la satisfaction dans la vie dans ces pays-là. Cela pondère aussi la critique souvent faite à la psychologie positive qui met toute la charge sur l’individu pour trouver son bonheur et être responsable de celui-ci.

Il y a un effet des États et des institutions qui peuvent agir pour favoriser le bonheur des individus. C’est important de le rappeler et de montrer à quel point c’est élevé. Ce rapport le montre et c’est quelque chose de nouveau par rapport aux rapports précédents. Les capacités d’État ont un impact sur la satisfaction dans la vie des individus dans un État donné. Dans les trois capacités (capacité fiscale, capacité légale et capacité collective), ce qui a le plus d’impact sur la satisfaction dans la vie, c’est l’absence de pression, mais en premier lieu, c’est la capacité collective, c’est-à-dire le service public, le fait de rendre service aux citoyens et de mettre en place des institutions qui vont les aider dans leur quotidien et leur permettre d’aller mieux.

Dans une période où on constate une dégradation des services publics en France, il est évident que le type de pays dans lequel on vit a un effet positif sur la satisfaction de la vie. Bien sûr, on peut regarder toutes les variables en détail, mais il est évident qu’il y a un lien entre les deux.

 

Chapitre 4 – Le lien entre altruisme et bonheur

Passons maintenant au chapitre 4 qui traite de l’altruisme et des comportements prosociaux. L’altruisme apporte de nombreux bénéfices aux personnes qui le pratiquent. Cela améliore leur bien-être ainsi que celui des personnes qui les observent. Il y a un lien directionnel entre l’altruisme et le bonheur. Plus vous êtes heureux, plus vous êtes altruiste et plus vous êtes altruiste, plus vous êtes heureux. Les recherches montrent qu’il y a un effet positif entre l’altruisme et le bien-être, notamment la satisfaction de la vie et les émotions positives qui augmentent quand on pratique l’altruisme. En revanche, les émotions négatives diminuent.

Dans les études menées par Galop, les données sur l’altruisme sont recueillies à travers le don d’argent, le bénévolat ou l’aide apportée à des étrangers. Une chose intéressante à noter est que lorsque le bonheur national est plus élevé dans un pays, toutes les formes d’altruisme sont plus fréquentes. Ainsi, si un gouvernement a comme objectif d’améliorer le bonheur de ses citoyens, cela aura des effets positifs sur l’entraide et la réduction des inégalités, mais aussi sur la productivité et la créativité.

Ces effets sont d’autant plus forts dans les pays très individualistes. En favorisant l’altruisme dans ces pays, le lien entre le bien-être et la générosité est renforcé. Par contre, dans les pays collectivistes, ce lien est moins fort.

En France, les effets de l’altruisme sont présents mais assez faibles par rapport à d’autres pays.

Les effets de l’altruisme sur les autres et ses limites

Il faut être vigilant avec l’altruisme lorsque l’on a un statut social plus élevé. Si le bénéficiaire le sait, cela peut avoir des conséquences négatives en termes d’émotions, car il peut se sentir en situation de pitié ou de dépendance. Ainsi, il est intéressant de promouvoir l’altruisme anonyme pour éviter ces effets négatifs potentiels sur la cible. De plus, pour avoir un effet positif sur la cible de l’altruisme, il est important que celle-ci comprenne que l’acte est motivé intrinsèquement par la volonté de faire le bien et non pour obtenir des bénéfices en retour.

Il est également intéressant de noter que même si l’on peut ressentir de la culpabilité en bénéficiant de l’altruisme de quelqu’un d’autre, cela peut provoquer des cercles vertueux d’altruisme. En effet, cette culpabilité peut nous inciter à rendre à notre tour des services à autrui, favorisant ainsi l’altruisme.

En général, les personnes qui sont altruistes ont une plus grande satisfaction de la vie, moins de dépression et une plus grande satisfaction au travail. Les comportements altruistes ont des effets durables pendant environ deux mois, donc il est important de les pratiquer régulièrement. Pour que cela fonctionne le mieux possible, il est préférable que ces comportements soient autonomes et motivés intrinsèquement.

Observer l’altruisme des autres peut également avoir un effet positif sur nous, car cela peut nous inciter à être altruiste nous-mêmes. Cela peut provoquer de l’élévation morale et nous redonner confiance en l’humanité, nous donnant envie de devenir de meilleures personnes.

En résumé, l’altruisme a des effets positifs sur les bénéficiaires, ceux qui pratiquent l’altruisme et ceux qui observent l’altruisme. Ces effets se traduisent par un bien-être accru pour toutes ces populations.

 

Chapitre 5 – Mesurer le bonheur grâce aux réseaux sociaux

Le dernier chapitre du rapport sur le bien-être dans le monde traite des outils de mesure, qui étaient déjà abordés dans le rapport précédent, mais qui ont depuis évolué grâce à l’avancée des intelligences artificielles. Ainsi, nous disposons maintenant de moyens plus puissants pour analyser les corpus complexes de données provenant des réseaux sociaux, tels que les messages, les statuts, etc. Ces données sont une mine d’informations sur l’état émotionnel et de bonheur ou de malheur de populations données dans le monde. Certaines plateformes de réseaux sociaux permettent même de classer ces données par code postal, ce qui permet une analyse très fine au niveau géographique et au niveau de l’âge des individus.

Par exemple, Twitter fournit des informations riches et fréquentes sur une échelle importante et quasiment en temps réel, avec en plus la possibilité de remonter dans le temps pour observer l’évolution des choses. Bien sûr, cela présente des biais et une complexité linguistique qu’il faut prendre en compte. Cependant, nous avons fait des progrès considérables en termes d’algorithmes et d’intelligence artificielle pour l’analyse automatique de ces données.

Environ 64% des adultes dans le monde utilisent au moins une plateforme de réseaux sociaux ou une application de messagerie. Des études ont déjà utilisé les données des réseaux sociaux pour mesurer la santé mentale, la dépression, les comportements de santé, les allergies, l’insomnie, les épidémies comme la grippe, et même la mortalité suite à des accidents cardiaques. Ces mesures sont fiables et deviennent de plus en plus précises grâce aux réseaux sociaux, qui permettent de simplifier les choses par rapport aux sondages et enquêtes coûteux en moyens.

Cependant, l’utilisation des données des réseaux sociaux soulève des questions éthiques, notamment en termes de confidentialité et d’anonymisation des données. Il est important de mettre en place des garde-fous pour éviter toute exploitation abusive de ces informations. De plus, il y a des limites à l’utilisation de ces données, notamment en termes de fiabilité et de politiques d’exploitation de ces entreprises privées.

En conclusion, l’avenir de la mesure du bonheur pourrait bien reposer sur l’analyse des corpus provenant des réseaux sociaux. Cette piste avait déjà été évoquée l’année précédente, mais elle est renforcée cette année grâce aux évolutions des méthodes et de l’intelligence artificielle. Cela représente une avancée considérable, mais il est important de rester vigilant quant à l’utilisation éthique de ces données.

 

Conclusions sur le WHR 2023

Il y a plusieurs points à retenir de ce texte. Tout d’abord, on constate que malgré l’impact du Covid-19 sur nos vies, la satisfaction générale n’a pas trop été affectée. Cela peut s’expliquer par une évolution des comportements qui ont permis de résister en période de confinement.

En ce qui concerne le classement mondial de la satisfaction, on remarque que la plupart des pays sont restés à peu près au même rang qu’auparavant, à l’exception de la France qui est passée à la 21ème place. Cependant, avec les marges d’erreur, cela reste relativement similaire.

L’altruisme est également un facteur important dans l’influence du bonheur, et ce rapport met en évidence l’importance des politiques publiques dans ce domaine. Les États ont en effet un rôle à jouer dans l’amélioration de la satisfaction des citoyens. Cela implique de penser à long terme, de promouvoir le développement durable, les droits de l’homme, l’équité, l’égalité et la réduction de la pollution.

Il est intéressant de mesurer l’impact des politiques publiques sur le bonheur des individus à moyen et long terme, car cela peut inciter les gouvernements à adopter des politiques plus durables et favorables au bonheur des citoyens.

Il est également important de noter que le bonheur ne dépend pas uniquement de la puissance économique d’un pays, mais également d’autres facteurs tels que la capacité d’influence et la défense du pays dans le monde.

En somme, évaluer les politiques publiques en tenant compte de leur impact sur le bonheur des citoyens est une idée intéressante, qui soulève des questions pertinentes en matière de développement durable et de politique économique. Et c’est là un aspect intéressant du rapport sur le bonheur dans le monde de cette année.

Bastien Wagener
WRITTEN BY

Bastien Wagener

Docteur en psychologie, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain !
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BOULBINA
BOULBINA
11 mois plus tôt
Répondre à  Bastien Wagener

Cher et honoré Monsieur Bastien Wagener,
Bravo pour votre article clair et concis, malheureusement il y a peu de place pour l’analyse des pays du Tiers monde où règnent sous développement, démographie galopante et mauvaise gouvernance ? L’indice de développement et l’indice de pauvreté sont différents entre nos pays et delà le … bonheur!
C’est ce qui m’a incité à élaborer modestement l'”échelle du bonheur en Algérie” qui sera appuyée par un sondage national en cours que je me ferai l’honneur et le plaisir de vous adresser en espérant vos critiques et observations.
Bien cordialement
Smaïl Boulbina, ancien médecin, ancien journaliste, ancien militant social

Aperçu du livre "Plus efficace & plus heureux" avec commentaires

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