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Qu’il s’agisse de naviguer dans le monde professionnel ou de nouer des relations intimes, nous avons besoin de comprendre les émotions des autres. Si l’évocation de la joie ou de la souffrance d’une tierce personne vous a déjà procuré des émotions, qu’un film vous a bouleversé ou que vous avez ressenti le besoin d’apaiser quelqu’un, vous avez fait l’expérience de l’empathie. Mais cette notion, qui peut paraître évidente, est en réalité bien plus complexe qu’on ne pourrait l’imaginer.

 

Qu’est-ce que l’empathie ?

En psychologie, l’empathie est généralement définie comme la capacité de comprendre et de faire l’expérience des émotions de quelqu’un, mais aussi d’adopter son point de vue1,2. Et c’est notamment ce processus psychologique complexe qui nous permet de créer des liens avec les autres. Grâce à l’empathie, on partage autant les joies et les succès que les peines et les chagrins. Elle peut même générer de la culpabilité, de la honte ou de l’embarras. À contrario, sans empathie, difficile de comprendre certaines blagues ou sarcasmes. Vous l’aurez compris, cette notion regroupe donc une grande diversité d’expériences.

Pour être plus précis, on peut dire que l’empathie est le résultat d’un processus en 4 étapes3 :

  1. Observer/Prendre conscience de l’état émotionnel de quelqu’un
  2. Interpréter correctement cet état émotionnel
  3. Ressentir la même émotion (de manière atténuée ou altérée)
  4. Réagir/Répondre à l’émotion

En fonction des individus et des situations, ce processus est plus ou moins efficace. Il est même dysfonctionnel chez les personnes atteintes du syndrome d’Asperger4. Depuis plusieurs années, on est en outre capable de mesurer un quotient empathique. Celui-ci permet de différencier de manière fiable les personnes en fonction de leur niveau d’empathie et de détecter les personnes atteintes de ce syndrome.

Origines de l’empathie

Comprendre les émotions des autres est essentiel au fonctionnement de nos sociétés. On estime que cette capacité a été sélectionnée dans l’évolution parce qu’elle était utile à la survie de nos ancêtres. En effet, elle permet aux êtres humains de s’occuper des leurs petits et d’être sensibles à leurs besoins. De plus, comme notre espèce dépend de la coopération, l’empathie nous offre l’opportunité de nous entourer de pairs en bonne santé et compétents. En clair, prendre soin des autres sert nos intérêts. Les chercheurs pensent aujourd’hui que cette capacité s’appuie en partie sur les neurones miroirs, qui s’activent lorsqu’on voit quelqu’un réaliser une action.

Mais l’empathie n’est pas le propre à l’être humain. Dès 1964, des chercheurs ont identifié des comportements altruistes chez les singes rhésus5. Dans un dispositif expérimental, on a constaté que ces derniers refusaient de s’alimenter si le mécanisme leur permettant d’obtenir de la nourriture provoquait un électrochoc chez un congénère. Le primatologue Frans de Waal a également démontré la présence d’empathie chez les grands singes. En réalité, il en va de même pour l’ensemble des mammifères. Ceux-ci doivent s’occuper de leur petits, et cela ne fonctionne que grâce à l’empathie. Il est à noter que cette dernière est toutefois avant tout dirigée envers les membres d’une même espèce. En d’autres termes, les mécanismes empathiques peuvent être plus ou moins actifs. Ceci est indispensable pour mettre en place des comportements de prédation, ou affronter d’autres groupes de congénères.

Développement de l’empathie

Chez l’homme, l’empathie se développe pendant l’enfance, et participe notamment à l’émergence de la théorie de l’esprit6. Cette dernière correspond au fait de considérer que les autres ont des pensées, émotions, désirs et intentions différents des nôtres. La théorie de l’esprit se met en place progressivement durant les premières années de vie.

De manière synthétique, l’empathie se développerait en 4 étapes chez les enfants7 :

  1. Présence d’une empathie globale ou « contagion émotionnelle ». Les émotions d’une personne provoquent la même réaction chez l’enfant.
  2. Attention portée aux sentiments d’autrui, où l’observateur est conscient des sentiments de l’autre mais ne les reproduit pas, ne les reflète pas.
  3. Actions prosociales. L’observateur est conscient des sentiments de l’autre et agit de manière à le réconforter.
  4. Empathie pour les conditions de vie de quelqu’un. L’observateur ressent de l’empathie envers la vie de l’autre au sens large, plutôt qu’envers la seule situation immédiate.

Quant aux éléments sous-tendant les niveaux et compétences variés d’empathie d’un individu à l’autre, les chercheurs identifient un certain nombre de causes. L’héritage génétique expliquerait ainsi un tiers à la moitié de la variation chez les enfants8. Bien sûr, d’autres faveurs comme l’environnement, les interactions durant l’enfance9 et la personnalité auraient un impact significatif sur les comportements empathiques à l’âge adulte. De même, notre humeur et la situation/le contexte peuvent faire fluctuer notre niveau d’empathie.

L’empathie n’est pas pour autant quelque chose hors de notre contrôle. Comme celle-ci doit passer à travers de nombreux filtres pour être exprimée, cela nous donne la possibilité de nous adapter aux situations, et d’exprimer un degré d’empathie très variable en fonction des personnes, des populations ou même des êtres vivants concernés.

 

Les différents types d’empathie

Sans rentrer dans des détails trop techniques, on voit bien avec les quelques éléments présentés ci-dessus que l’empathie n’est pas un concept monolithique. Les chercheurs distinguent d’ailleurs deux types d’empathie dans la plupart des études10 :

  • Trois icônes représentant les composantes de l'empathieL’empathie émotionnelle. La personne en empathie a un état émotionnel similaire à celui de l’autre individu suite à la perception de sa situation. Soit on reflète ce que l’autre ressent de manière atténuée, soit on a une réaction émotionnelle cohérente par rapport à l’émotion perçue. Notre état émotionnel est alors partiellement focalisé sur l’autre, ce qui aboutit souvent à un comportement de bonté ou d’aide. En clair, il s’agit de la capacité à partager ou à être émotionnellement stimulé par les états émotionnels des autres.
  • L’empathie cognitive. En plus du fait d’être émotionnellement touché, on comprend cognitivement la situation délicate perçue. Cela implique la mis en perspective et l’attribution d’états mentaux. Il s’agit ici de la capacité à identifier et à comprendre les émotions des autres. C’est d’abord ce type d’empathie qui explique le fait qu’on prenne la défense de quelqu’un.

Pour résumer, l’empathie peut être partagée entre le fait de ressentir les émotions d’autrui et le fait de comprendre ce qu’il ressent. Il s’agit donc de se mettre à la place de l’autre, émotionnellement et intellectuellement.

D’autres approchent vont néanmoins plus loin et ajoutent à ce deux aspects une troisième composante11,12,13 :

  • Aspect motivationnel ou comportemental de l’empathie. Il s’agit ici de la communication de notre réaction empathique à autrui (lui indiquer qu’on comprend ses émotions), mais aussi des actions ou interventions permettant de modifier la situation à l’origine de ses états émotionnels. Dans ce cas, l’objectif est d’améliorer le bien-être de l’autre.

 

Différences entre empathie, compassion et intelligence émotionnelle

Pour bien cerner ce qu’implique l’empathie, il faut également la distinguer d’autres concepts. Premièrement, sachez que l’empathie est indispensable pour faire preuve de compassion. Sans ressentir les émotions des autres, il est en effet difficile d’intervenir (la compassion implique d’agir afin de changer la situation de la personne qui souffre14). La compassion est en outre liée aux comportements altruistes et à la bonté13. Et même dans le cas où on inclut l’aspect comportemental dans la notion d’empathie, la compassion reste un mode d’action particulier, et donc une notion distincte.

Par ailleurs, on pourrait être tenté de penser que l’empathie, notamment dans son aspect cognitif, correspond à l’intelligence émotionnelle. Toutefois, cette dernière ne se limite pas à la compréhension, l’interprétation et la gestion des émotions des autres. Celui qui dispose d’une haute intelligence émotionnelle déploiera ces mêmes capacités pour traiter ses propres émotions. Si l’empathie est sans conteste liée à l’intelligence émotionnelle, il n’y a pas pour autant de signe d’égalité entre ces deux concepts.

 

Les effets de l’empathie

Grâce à notre exploration de la notion d’empathie, on comprend aisément qu’il s’agit de bien plus que de ressentir les émotions d’autrui. Il s’agit d’une compétence essentielle qui nous permet d’interagir avec efficacité avec d’autres personnes dans des contextes sociaux4. Ainsi, sans une empathie bien développée, une personne aura des difficultés à :

  • Comprendre les émotions, motivations et comportements des autres
  • Répondre de manière appropriée à ce que quelqu’un ressent
  • Comprendre les interactions sociales qui s’appuient sur des comportements, indices, et normes sociales subtiles (ex : blagues, gaffes, sarcasme, etc.).

Le fait de répondre de manière appropriée aux émotions de quelqu’un est par ailleurs très important pour créer des liens. L’empathie est de surcroît un processus qui contribue à la compréhension et à l’engagement dans des comportements sociaux complexes (ex : comportement prosocial, bénévolat etc.)11.

Si on aborde les choses d’une manière plus positive, on constate que de nombreux domaines de vie bénéficient de nos capacités empathiques :

  • Impact positif sur les relations au travail. L’empathie a ainsi un impact sur notre efficacité au travail, ce qui améliore nos compétences en tant que travailleurs et managers15.
  • Relations de couple16. L’empathie est un indice fiable pour prédire le fait qu’un mariage soit heureux.
  • Meilleure parentalité. Les parents plus empathiques sont plus résilients et plus aptes à faires face aux défis associés au fait d’élever des enfants17.

Le risque de fatigue empathique

L’empathie est certes une compétence utile, mais elle peut aussi être sursollicitée. Les professionnels de santé peuvent plus particulièrement faire l’expérience de ce qu’on appelle la fatigue empathique. Il s’agit de la sensation d’épuisement que ces derniers peuvent ressentir en revisitant régulièrement leurs propres plaies émotionnelles via les expériences de leurs patients18. Cela entraîne une fatigue au niveau psychologique, émotionnel et physiologique. Si vous travaillez dans un domaine où votre empathie est fortement sollicitée, ou si vous êtes tout simplement très empathique au quotidien, la recherche propose plusieurs étapes pour vous remédier à ce problème19 :

  1. Prendre conscience des symptômes de la fatigue empathique. Cela peut paraître évident, mais c’est une première étape indispensable pour agir sur le sujet.
  2. Mettre en place des stratégies d’auto-soin et des comportements d’hygiène de vie qui protègent de la fatigue empathique. Ex : activité sportive, sommeil, méditation, moments de plaisir pour soi, etc.
  3. Utiliser un groupe de support et une supervision (groupe de pratique) durant les périodes de sur-sollicitation empathique. S’il s’agit d’un épuisement plutôt en lien avec la sphère personnelle, le fait d’échanger avec des amis proches sur le sujet peut aider à trouver des stratégies pour mieux gérer son empathie.

D’une manière générale, c’est surtout l’excès d’empathie émotionnelle qui sera contreproductif à long-terme. Si on se laisse souvent submerger par les émotions des autres, il devient en effet difficile d’agir et d’apporter de l’aide. Aussi, il est important de développer ses capacités empathiques, mais sans pour autant trop « tirer sur la corde » et se laisser envahir émotionnellement.

 

Conclusions

L’empathie est une capacité magnifique qui nous permet de rentrer en communion avec les autres, de partager leurs joies, et de les aider en cas de difficulté. Mais comme souvent, il s’agit de trouver une zone d’équilibre pour en tirer pleinement avantage. Faites preuve de trop d’empathie, et vous serez incapable de réagir efficacement dans certaines situations critiques. Manquez d’empathie, et vous aurez du mal à nouer des relations et à interagir correctement avec les autres.

Toutefois, il est clair que nous avons tous un jour ou l’autre manqué de sensibilité dans certaines circonstances. S’il est important de se protéger d’un épuisement empathique ou d’émotions trop fortes dans certaines situations, le fait de développer nos capacités d’empathie cognitive reste un piste intéressante à explorer. Qu’il s’agisse de poursuivre des objectifs professionnels ou de nourrir des relations intimes, cette notion au cœur de l’intelligence émotionnelle représente une compétence clé. Après tout, un monde plus empathique est un monde où l’on se comprend mieux. Et un monde où l’on se comprend mieux est un monde plus agréable à vivre !

 

Références

Voir les références

Qu’est-ce que l’empathie ?

  1. Colman, A. M. (2015). A dictionary of psychology (Fourth edition). Oxford University Press.
  2. Mcdonald, N. M., & Messinger, D. S. (2011). The Development of Empathy : How, When, and Why.
  3. Fletcher-Watson, S., & Bird, G. (2020). Autism and empathy : What are the real links? Autism, 24(1), 3‑6.
  4. Baron-Cohen, S., & Wheelwright, S. (2004). The empathy quotient : An investigation of adults with Asperger syndrome or high functioning autism, and normal sex differences. Journal of Autism and Developmental Disorders, 34(2), 163‑175.
  5. Masserman, J. H., Wechkin, S., & Terris, W. (1964). « Altruistic » behavior in rhesus monkeys. American Journal of Psychiatry, 121, 584‑585.
  6. Wellman, H. M., Cross, D., & Watson, J. (2001). Meta-Analysis of Theory-of-Mind Development : The Truth about False Belief. Child Development, 72(3), 655‑684.
  7. Hoffman, M. L. (1993). The Contribution of Empathy to Justice and Moral Judgment. In A. I. Goldman (Éd.), Readings in Philosophy and Cognitive Science (The MIT Press, p. 647‑680). The MIT Press.
  8. Knafo, A., Zahn-Waxler, C., Van Hulle, C., Robinson, J. L., & Rhee, S. H. (2008). The developmental origins of a disposition toward empathy : Genetic and environmental contributions. Emotion, 8(6), 737‑752.
  9. Feldman, R. (2007). Mother-infant synchrony and the development of moral orientation in childhood and adolescence : Direct and indirect mechanisms of developmental continuity. American Journal of Orthopsychiatry, 77(4), 582‑597.

Les différents types d’empathie

  1. Decety, J., & Yoder, K. J. (2016). Empathy and motivation for justice : Cognitive empathy and concern, but not emotional empathy, predict sensitivity to injustice for others. Social Neuroscience, 11(1), 1‑14.
  2. Decety, J., & Cowell, J. M. (2014). The complex relation between morality and empathy. Trends in Cognitive Sciences, 18(7), 337‑339.
  3. Irving, P., & Dickson, D. (2004). Empathy : Towards a conceptual framework for health professionals. International Journal of Health Care Quality Assurance, 17(4), 212‑220.
  4. Jeffrey, D. (2016). Empathy, sympathy and compassion in healthcare : Is there a problem? Is there a difference? Does it matter? Journal of the Royal Society of Medicine, 109(12), 446‑452.
  5. Sinclair, S., Beamer, K., Hack, T. F., McClement, S., Raffin Bouchal, S., Chochinov, H. M., & Hagen, N. A. (2017). Sympathy, empathy, and compassion : A grounded theory study of palliative care patients’ understandings, experiences, and preferences. Palliative Medicine, 31(5), 437‑447.

Les effets de l’empathie

  1. Van Bommel, T. (2021). The power of empathy in times of crisis and beyond. Catalyst.
  2. Plopa, M., Kaźmierczak, M., & Karasiewicz, K. (2019). The quality of parental relationships and dispositional empathy as predictors of satisfaction during the transition to marriage. Journal of Family Studies, 25(2), 170‑183.
  3. Geiger, J. M., Piel, M. H., Lietz, C. A., & Julien-Chinn, F. J. (2016). Empathy as an Essential Foundation to Successful Foster Parenting. Journal of Child and Family Studies, 25(12), 3771‑3779.
  4. Stebnicki, M. A. (2000). Stress and grief reactions among rehabilitation professionals : Dealing effectively with empathy fatigue. The Journal of Rehabilitation, 66(1), 29‑29.
  5. Stebnicki, M. A. (2007). Empathy Fatigue : Healing the Mind, Body, and Spirit of Professional Counselors. American Journal of Psychiatric Rehabilitation, 10(4), 317‑338.

Bastien Wagener

Docteur en psychologie et Maître-praticien PNL, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain!

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