Trouver sa voie, sa passion, n’est pas une chose aisée. Même quand on a la chance d’avoir trouvé un domaine de prédilection, il faut souvent beaucoup de temps et de travail pour arriver à trouver les activités précises qui nous permettent de pleinement nous épanouir. De plus celles-ci sont, quoi qu’il arrive, amenées à évoluer.

Aujourd’hui, le panel de choix et d’opportunités qui s’offre à nous est plus important que jamais. Néanmoins, cette liberté apparente peut être source de stress, surtout quand on n’a pas d’indications claires pour nous guider dans nos choix. Surtout qu’il faut ajouter à cela les injonctions à « être heureux », à « être libre » ou à « faire ce qui nous plaît vraiment ». Ces dernières sont d’ailleurs parfois plus des contraintes et une pression sociale qu’un réel encouragement à trouver sa voie…

Ce vaste sujet est de plus en plus central dans un monde où les carrières professionnelles linéaires deviennent l’exception. Afin d’avancer un peu dans la réflexion sur ce sujet, nous allons parler d’un concept japonais, l’ikigai.

 

Qu’est-ce que l’Ikigai ?

« Ikigai » est un mot japonais qu’on peut traduire par « raison d’être/de vivre ». Ce concept assez ancien au Japon (dont on retrouve les traces durant la période Heian s’étendant de 794 à 1185) a été popularisé par le psychologue Akihiro Hasegawa hors des frontières du pays.

L’ikigai est à la fois ce qui nous pousse à nous lever le matin, ce qui nous dynamise et nous motive, mais également une manière d’aborder les choses au quotidien et de profiter de l’instant présent, quelles que soient les activités qui nous permettent de nous épanouir.

C’est donc une manière d’exploiter son potentiel et de s’épanouir dans la durée. Trouver son ikigai est rarement aisé et instantané, mais extrêmement gratifiant une fois qu’on a pu l’identifier. Il s’agit de s’épanouir à travers des expériences qui donnent du sens à la vie et qu’on considère comme positives. C’est ce qui nous pousse à considérer que la vie vaut la peine d’être vécue.

La recherche montre que l’ikigai est quelque chose qui n’est jamais acquis et qui relève plus d’un processus que d’un état définitif (Yamamoto-Mitani & Wallhagen, 2002). De plus l’ikigai est lié à la longévité : ceux qui ne trouvent pas le leur ont plus de risques de mortalité (Sone et al. – Ikigai and Mortality in Japan, 2008)

 

L’ikigai en image

Pour mieux comprendre ce que recouvre la notion d’ikigai, je vous propose le schéma suivant :

Schéma de l'ikigai

Il faut préciser que cette illustration, sous forme de diagramme de Venn, est une représentation occidentale du concept. Les éléments qui le composent sont donc nécessairement des adaptations, puisqu’au Japon ce concept n’est pas « découpé » en tant que tel. Il fait partie de la culture japonaise et n’est pas segmenté de cette façon. Il est plus « direct », « évident ».

Ainsi, plusieurs précisions sont nécessaires pour bien comprendre le schéma ci-dessus :

  • Quand on parle de ce pourquoi on peut être « payé », il s’agit plutôt ce pour quoi on peut être reconnu, valorisé (reconnaissance).
  • La notion de mission est liée à la communauté, au fait de participer à quelque chose de plus grand (et non pas à une mission au sens professionnel).
  • La vocation est une combinaison entre travail et bien-être, mais n’implique pas nécessairement d’avoir toutes les compétences requises ou de pouvoir être rémunéré.
  • D’une manière générale, la notion d’argent et de profession n’ont presque pas lieu d’être dans l’ikigai, puisqu’il s’agit d’une quête de sens dans sa vie, et non pas une recherche formelle d’emploi. Mais bien entendu, dans les faits, la profession joue un rôle essentiel dans nos sociétés.

 

Trouver son ikigai

Avant de commencer à travailler sur le sujet, sachez qu’aucune activité n’est exclue. L’ikigai peut concerner tous les domaines, tant qu’on y trouve plaisir et satisfaction et qu’on est compétent dans cette activité.

Partir de la situation actuelle

Une méthode pour identifier son ikigai consiste à faire un état des lieux. Notez les 10 choses auxquelles vous avez consacré le plus de temps cette semaine. Une fois ces choses notées, demandez-vous si ces choses donnent du sens à votre vie en vous posant les questions suivantes :

  • Est-ce quelque chose que j’aime faire ?
  • Est-ce quelque chose dont le monde a besoin ?
  • Suis-je « doué(e) », bon(ne) dans cette activité ?
  • Est-ce une chose pour laquelle je peux obtenir de la reconnaissance (financière, sociale, relationnelle, etc.)

Vous ne trouverez sans doute pas l’activité « magique » qui donne du sens à votre vie en 10 minutes. Néanmoins, ce type d’analyse vous permettra d’identifier des secteurs qui vous captivent vraiment. De plus, le parcours pour identifier son ikigai est rarement linéaire et peut évoluer avec l’âge et les expériences. Si vous n’avez pas de déclic en faisant cette première analyse, n’hésitez donc pas à être curieux et à tenter de nouvelles choses, à continuer à apprendre.

Réfléchir de manière plus large

Une autre manière de travailler consiste à dresser un tableau d’ensemble de vos activités secteur par secteur. Dans ce cas là, vous pouvez lister les choses selon les 4 catégories du schéma ci-dessus.

1. Qu’aimez vous faire ?

Quelles sont les activités dans lesquelles vous prenez du plaisir, qu’il s’agisse de loisirs, de relations, de travail, que ces activités soient rémunérés ou non, etc.

2. Dans quelle domaine êtes vous performant(e) ?

Il s’agit ici de toutes les activités dans lesquelles vous êtes compétent(e), que ces activités soient épanouissantes ou non. Votre niveau de compétence peut ici varier de « bon » à « excellent ». En gros, c’est ce que vous savez faire, voire très bien faire.

3. Qu’elles activités peuvent vous apporter de la reconnaissance ?

Concentrez-vous sur les activités pour lesquelles vous êtes ou pourriez être rémunéré(e), mais aussi celles pour lesquelles vous pouvez être remercié(e), apprécié(e), reconnu(e), etc.

4. Quelles sont les activités qui peuvent apporter du positif au monde ?

Pour cette catégorie, il ne s’agit pas de faire un inventaire simpliste et général des activités à valeur ajoutée pour le monde dans sa globalité. Réfléchissez plutôt à ce qui peut apporter quelque chose de positif aux autres, même si la portée de ces activités est limitée. Ces dernières peuvent donc apporter des « petits plus » ou changer le monde.

5. Croiser les informations

Une fois les 4 premières étapes réalisées, croisez les éléments que vous avez listés pour identifier :

  • Les passions. Ce que vous aimez faire et pour quoi vous êtes doué(e).
  • Ce qui relève des missions. Les activités auxquelles vous aimez vous adonner et dont le monde a besoin.
  • La vocation. Ce dont le monde a besoin et qui peut être une source de « rémunération » pour vous. Même si vous n’avez pas toutes les compétences requises à l’heure actuelle.
  • Ce qui relève de la profession. Les domaines dans lesquels vous êtes compétent(e) et pour lesquels vous pouvez obtenir un salaire et/ou de la reconnaissance au sens large.

Et si vous arrivez à identifier des activités qui sont au croisement de trois domaines, vous aurez trouvé une sérieuse piste d’ikigai. Quelque chose « manquera » à ces dernières (voir les limites à celles-ci sur le schéma), mais le chemin à parcourir pour en faire votre ikigai sera réduit. Vous pourrez même utiliser le processus créatif pour réfléchir aux différentes pistes permettant d’en faire de réelles « raison d’être » pour vous.

Enfin, si certaines activités permettent de « cocher toutes les cases », alors votre ikigai est à portée de main ! Cela vous paraîtra probablement être une évidence, une fois que vous les aurez identifiées. A l’inverse, si rien ne ressort spécifiquement, continuez à explorer des activités qui piquent votre curiosité. C’est de cette manière qu’on finit par trouver sa voie, en expérimentant de nouvelles choses et en sortant de sa zone de confort.

 

Conclusion

L’ikigai est un concept nippon qui présente donc un réel intérêt puisqu’il permet d’aborder les choses avec une grille de lecture assez complète. Évidemment, trouver l’épanouissement et les activités qui nous « parlent » est un travail de longue haleine, et qui nécessite du temps et des efforts pour la plupart d’entre nous.

L’objectif n’est pas ici de proposer un énième outil de bonheur au travail qui consisterait à donner du sens à des professions qui n’en ont parfois plus (ou en tout cas plus pour les salariés concernés). L’idée est plutôt d’entamer un travail sur soi et sur ses objectifs. En effet, les pistes de notre propre épanouissement restent souvent occultées, faute de travail réflexif sur le sujet. Que vous trouviez votre ikigai aujourd’hui ou dans trois ans, un travail sur le sujet permet de prendre du recul et de mettre les choses à plat. Et la réflexion que vous aurez entamé vous permettra, quoi qu’il arrive, d’avancer !

 

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Bastien Wagener

Docteur en psychologie et Maître-praticien PNL, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain!

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marie-dominique
marie-dominique
10 mois plus tôt

bonjour, je viens de découvrir la notion de ikigai et je trouve votre article très intéressant et avec une ouverture beaucoup plus large que ce que j’ai pu lire jusqu’ici . Mais étant à la retraite et ne désirant plus travailler j’ai du mal à concevoir comment je peux rechercher mon ikigai ou la part « profession » semble importante . Bien que votre façon d’élargir la « rémunération » à la reconnaissance entrebâille une porte …mais elle me semble très étroite et le chemin bien compliqué .

DEGROOTE
DEGROOTE
1 année plus tôt
Répondre à  Bastien Wagener

Bonjour, Je souhaite me forme à l’IKIGAI pour le proposer dans le cadre de mes accompagnements. Avez vous des adresses d’organisme à me communiquer ? Merci à vous Anne

Antonella
Antonella
1 année plus tôt
Répondre à  Bastien Wagener

Bonjour Bastien!
Merci pour cet article très intéressant, bien écrit et documenté. Le sujet a une belle résonance en moi qui suis en plein questionnement depuis des mois. Je suis tombée sur votre site et je picore les articles au gré. Merci aussi pour les liens (je me suis déjà inscrit à un Mooc).. ::) …J’avais besoin de reprendre une direction, d’un signal et l’ai trouvé. Merci et bravo pour votre travail!!!

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