fbpx

Nous possédons tous des points forts, des manières d’être qui nous caractérisent. Ces forces de caractère sont de véritables ressources pour aller vers plus d’épanouissement et d’efficacité. Néanmoins, elles ne sont pas pour autant une garantie de succès. En effet, on peut très bien surutiliser une force et donner l’impression de réagir avec trop d’intensité. À l’inverse, on peut également oublier de s’appuyer sur ses points forts et rater ses objectifs. C’est d’ailleurs ce risque de sous-utilisation qui est le plus répandu : on ne se montre pas sous son meilleur jour, on n’est pas tout à fait authentique, on passe à côté d’opportunités, on ne se met plus au défi, etc.

Il est donc important de trouver le juste équilibre dans l’expression de ses points forts. Je vous propose d’explorer cette piste afin de découvrir vos forces de caractère sous un autre angle.

 

Les forces de caractère

Ce qu’on appelle « forces de caractère » sont des qualités que nous possédons tous. Elles représentent une capacité à ressentir, à penser et à se comporter d’une manière appropriée pour atteindre les objectifs que l’on valorise1. Elles sont ainsi une expression optimale des talents propres à chacun. Il ne s’agit pas de compétences techniques, mais plutôt de la façon d’agir d’un individu (le « comment » et non le « quoi »).

Par ailleurs, notez que tout le monde dispose de l’intégralité des forces de caractère. Certaines sont simplement plus développées que d’autres chez en fonction des individus. En clair, les forces sont une vision positive de la personnalité.

Si vous souhaitez mieux comprendre ce que recoupe le concept de force et identifier celles qui vous caractérisent, je vous invite à lire cet autre article du blog.

 

L’utilisation équilibrée des forces

L’objectif, quand on découvre ses forces, est de les utiliser de manière optimale, autant que possible. Bien sûr, cela n’est pas toujours évident. Notre état émotionnel, nos préoccupations ou un manque d’attention peuvent par exemple nous empêcher d’exploiter notre plein potentiel. On peut en outre tout à fait surexprimer une force dans une situation et la négliger dans une autre. Quel que soit votre profil, vous serez donc confronté à ce problème à un moment ou à un autre. Le but d’un travail dans ce domaine consiste alors à appliquer la bonne combinaison de forces de caractère, au bon niveau, dans le bon contexte2.

Pour mieux comprendre en quoi ceci consiste, voici une métaphore assez éclairante de Ryan Niemiec, un chercheur spécialiste du sujet à l’institut VIA3 :

Imaginez que vous êtes un chef d’orchestre en train de diriger un ensemble d’instruments puissants (les forces de caractère). Lorsque le moment propice se présente au cours du mouvement, vous mettez en avant un ou plusieurs de ces instruments. Vous en désignez régulièrement certains, comme par exemple les premiers violons (vos forces signatures), et d’autres juste au bon moment ou de manière semi-régulière comme les cuivres (forces de milieu de tableau). D’autres enfin seront mis en avant moins fréquemment. Mais même les instruments sur lesquels vous insistez le moins comme les percussions sont indispensables (vos forces en retrait).
Votre symphonie est ainsi une expression unique. Le volume et la prédominance de chaque instrument est déterminé par vos soins, à chaque instant. C’est la combinaison bien équilibrée d’instruments qui crée une prestation inspirante et belle. Cette prestation est la manifestation de votre personnalité.

 

Que se passe-t-il en cas de déséquilibre ?

Si vous souhaitez exprimer vos forces de manière équilibrée, je vous invite tout d’abord à passer le test des forces de caractère. Prendre conscience de ses points forts est la première étape pour les utiliser au bon niveau. Pour agir sur un déséquilibre par la suite, il faut toutefois comprendre en quoi cela consiste.

Les principes de la mauvaise utilisation des forces

Pour faire simple, on peut lister 10 principes relatifs à l’utilisation inadaptée des forces4 :

  1. N’importe quelle force peut être surutilisée ou sous-utilisée.
  2. On peut situer l’expression de chaque force dans chaque situation sur un continuum allant de la sous-utilisation à la surutilisation en passant par une zone d’utilisation optimale.
  3. Quand une force est surutilisée ou sous-utilisée, il ne s’agit plus vraiment d’une force. Une personne qui surexprime l’autorégulation pourra par exemple basculer dans une forte inhibition.
  4. L’utilisation déséquilibrée des forces n’est pas la même pour tous et varie en fonction des contextes.
  5. Nous sommes toujours plus susceptibles de surutiliser nos « forces signature » et de sous-utiliser les forces plus en retrait chez nous.
  6. L’expression non-optimale des forces devient un problème quand cela a un impact négatif sur nous et notre entourage.
  7. Pour mieux équilibrer l’expression d’une force donnée, on peut s’appuyer sur d’autre forces ou réfléchir à de nouvelles manières de l’utiliser.
  8. La grille de lecture du déséquilibre permet de recadrer certains problèmes et d’aborder les choses sous un angle différent.
  9. Cette approche redonne en revanche un aspect négatif aux forces. On conserve toutefois l’aspect constructif du sujet, puisqu’il s’agit d’étudier l’expression des qualités centrales d’un individu afin d’améliorer son quotidien.
  10. Étudier le déséquilibre donne de nouvelles pistes de progression pour s’épanouir et gagner en efficacité.

Gardez à l’esprit que la première étape quand on découvre ses forces est de chercher à bien les comprendre, plutôt que de se focaliser directement sur tous les déséquilibres qui peuvent exister. Si vous ne connaissez pas bien le sujet, je vous invite donc d’abord à découvrir cet univers avant de vous plonger dans un rééquilibrage approfondi.

La surutilisation des forces

Le premier cas de figure auquel nous pouvons être confrontés est celui de la surutilisation des forces. Une personne qui surexprime la curiosité pourra ainsi s’aventurer dans des endroits dangereux et prendre des risques inconsidérés. Quelqu’un qui est excessif dans sa gentillesse pourra s’oublier au point de se retrouver dans une situation délicate. Il existe en tout 4 manières de surutiliser une force3 :

  • Pression excessive. Dans ce cas, on se met la pression pour agir alors qu’on n’est pas encore prêt à le faire. Ex : pardonner de manière artificielle et insincère.
  • Impulsivité. Se lancer sans penser à la façon dont on va agir ou sans évaluer notre disponibilité émotionnelle. Ex : s’enthousiasmer pour des nouveaux projets alors qu’on est déjà surengagé.
  • Sur-analyse. Penser et repenser à une décision ou à un scénario trop de fois. Ex : penser à la manière dont on va organiser une soirée au point d’en faire une obsession.
  • Standards rigides. Mettre la barre trop haut, être perfectionniste et tenter d’atteindre des standards déséquilibrés. Ex : brainstormer sur un projet et ne jamais passer à l’action en se disant qu’on pourra toujours trouver de meilleures idées.

La sous-utilisation des forces

S’il peut nous arriver de trop puiser dans nos forces signature au point de tomber dans l’excès, il ne s’agit pas de la situation la plus fréquente ou la plus problématique. En effet, la sous-utilisation des forces est bien plus répandue. Prenons quelques exemples : sous-utiliser la force d’équité peut créer des problèmes relationnels ; ne pas assez mobiliser l’optimisme peut provoquer une insatisfaction chronique et aboutir à une certaine résignation. Quand on parle de sous-utilisation, on peut distinguer 5 modalités différentes3 :

  • Négligence. Dans ce cas, on ne pense tout simplement pas à utiliser une force dans un contexte particulier ou dans une situation récurrente. Ex : ne pas penser que la gratitude peut être pertinente au travail alors qu’on l’utilise dans les relations personnelles.
  • Perte ou érosion. Il s’agit ici d’un estompement de la force au fil du temps. On a perdu contact avec elle, alors qu’on l’utilisait pleinement par le passé. Ex : on perd son sens de l’humour après un emploi très épuisant, et il ne revient pas spontanément après l’obtention d’un meilleur poste.
  • Omission. On oublie ici tout simplement d’utiliser une force dans un contexte donné ou une situation particulière, alors qu’on l’utilise plutôt bien en temps normal. Ex : la prudence dépassée par l’enthousiasme et la persévérance à l’occasion d’un événement sportif.
  • Sous-estimation. Ne pas considérer une force comme telle et la sous-utiliser de manière chronique. Ex : ne pas voir l’humilité comme une force et ne faire preuve d’aucune modestie au travail, jusqu’à ce que cela devienne contreproductif.
  • Force historiquement en retrait. La force n’a jamais été véritablement développée ou travaillée. Ex : être peu performant du point de vue de la créativité et ne pas faire d’effort pour la développer.

Les conséquences d’une utilisation peu optimale des forces

Les scientifiques ont cherché à comprendre et à mesurer les conséquences de la sur et de la sous-utilisation des forces. Bien entendu, il va de soi qu’aucun d’entre nous n’est parfaitement équilibré en toutes circonstances dans l’utilisation de ses forces. Cela n’est d’ailleurs pas problématique. C’est quand les excès sont importants en termes d’intensité ou de fréquence et que cela nous porte préjudice (individuellement et collectivement).

Résumé de la sous-utilisation, de la surutilisation et de l'utilisation optimale des forces de caractère

Globalement, le fait de ne pas utiliser ses forces de manière équilibrée a des conséquences sur l’épanouissement, la satisfaction dans la vie, et peut générer des symptômes dépressifs3,5.

La surutilisation des forces a plus particulièrement un effet sur les relations6. D’autres travaux suggèrent que cette surutilisation prédirait une moindre santé physique et plus d’émotions négatives7.

À l’inverse, la sous-utilisation des forces aurait des effets délétères sur la santé physique et mentale, et provoquerait plus d’émotions négatives7. Quoi qu’il en soit, les conséquences sont plus marquées lorsqu’on sous-utilise les forces que quand on les surutilise3.

Cette mauvaise exploitation de son potentiel vient souvent d’un manque de perspective, de prise de recul. On est coincé dans un modus operandi. Quelqu’un de très persévérant ne saura par exemple pas quand s’arrêter, quand accepter que malgré tous les efforts fournis, le projet sur lequel il travaille n’aboutira pas. Trouver un meilleur équilibre commence donc toujours par une prise de hauteur.

 

Trouver le juste milieu

Depuis peu de temps, il existe une échelle pour mesurer l’utilisation optimale des forces5. Les interventions spécifiques pour améliorer les choses sont toutefois plus anciennes, puisque cette problématique a été identifiée dès la création du test des forces de caractère. En effet, c’est bien une utilisation équilibrée des forces qui est associée à un plus grand bien-être8 et au fait de trouver un sens à sa vie9,3. Ce n’est qu’à cette condition qu’on peut récolter des bénéfices en termes de santé physique, de santé mentale, et d’émotions7. Trouver un juste milieu n’est donc pas une étape accessoire pour celui qui cherche à développer ses forces, mais bien un passage obligé.

Topographie des 24 forces

Liste illustrée des forces et de leur utilisation excessive ou insuffisanteUne première étape pour rééquilibrer l’utilisation de ses forces est évidemment de découvrir son profil en passant le test de l’institut VIA. Une fois ce travail fait, il faut alors comprendre à quoi ressemble une sur ou une sous-utilisation de telle ou telle force. Je vous propose de consulter l’illustration ci-contre afin différencier l’expression positive d’une force de son usage problématique.

Il s’agit donc de trouver le juste équilibre, le point optimal pour soi en fonction des situations. Mais sachez qu’il n’y a pas de méthode sûre à 100% pour éviter les excès. Il existe simplement des concepts, des idées, des exemples et des manières de penser à notre vie via le prisme des forces qui permettent de progresser vers cet idéal. En clair, il s’agit d’apprendre à mieux se connaître et à utiliser des indices pour avancer, plutôt que de s’autoflageller.

Quelques conseils pour rééquilibrer ses forces

On peut utiliser de nombreux outils pour travailler sur ses forces de caractères. Voici quelques principes à suivre pour progresser3.

En cas de sous-utilisation

  • Idée directrice. Gérer la sous-utilisation implique d’adopter un état d’esprit de développement afin de faire progresser ses forces.
  • Explorez la sous-utilisation. Décrivez par écrit une situation dans laquelle vous avez sous-utilisé une de vos forces. Que pouvez-vous faire pour devenir plus conscient de cette force ? Dans quelles situations pourriez-vous l’utiliser davantage ?
  • Tenez un journal sur l’utilisation des forces pendant au moins une semaine. Vous prendrez ainsi mieux conscience des forces sous-utilisé ou négligées.

En cas de surutilisation

  • Idée directrice. Pour gérer la surutilisation des forces, il faut chercher à obtenir le feedback de personnes de confiance, notamment vis-à-vis de l’expression de nos forces signature.
  • Explorez la surutilisation. Décrivez par écrit une situation dans laquelle vous avez surutilisé une force. Comment pourriez-vous tempérer cet excès ? Pourriez-vous, en complément, vous appuyer sur une autre force pour mieux équilibrer vos comportements ?
  • Examinez un problème avec lequel vous luttez en ce moment. Réfléchissez-y via l’angle de la surutilisation des forces. Quelle force contribue à ce problème en étant surexploitée, même modestement ?

D’autres pistes pour travailler vos forces

Les outils pour exploiter ses forces dans une perspective d’épanouissement et de performance sont nombreux. On peut par exemple citer le « mindfulness-based strengths practice program » ou MBSP  (Programme de pratique des forces via la pleine conscience) qui s’attaque spécifiquement au problème du déséquilibre des forces2.

Bien sûr, je propose également des exercices dans un autre article du blog. Et si vous souhaitez aller plus loin, je vous invite à télécharger gratuitement le guide des forces ici. Celui-ci regroupe de nombreuses pistes pour progresser vers un meilleur équilibre et devrait donc vous être utile.

 

Conclusions

Trouver un juste milieu, un équilibre, est essentiel dans tous les domaines. Votre équilibre ne correspondra en revanche probablement pas à celui de votre voisin. De même, le juste dosage d’une force variera en fonction de chaque situation.

Bien sûr, personne n’est parfait, et le juste équilibre en toute circonstances n’est pas quelque chose de réaliste, voire même de souhaitable. Ce sont aussi les imperfections qui font le sel du quotidien et nous permettent de trouver des manières de nous améliorer.

Néanmoins, il n’est jamais inutile de chercher à mieux exploiter ses propres forces avec le bon dosage. Travailler sur l’utilisation optimale des forces de caractère apporte de nombreux bénéfices émotionnels, relationnels et professionnels. Il serait donc dommage de faire l’impasse sur le sujet en sous-utilisant les forces de curiosité et d’amour de l’apprentissage !

 

Références

Voir les références
  1. Linley, P. A., & Harrington, S. (2006). Playing to your strengths. The Psychologist, 19(2), 86‑89.
  2. Niemiec, R. M. (2013). Mindfulness and character strengths : A practical guide to flourishing. Hogrefe Pub.
  3. Niemiec, R. M. (2017). Character strengths interventions : A field guide for practitioners. Hogrefe.
  4. Niemiec, R. M. (2014). The Overuse of Strengths : 10 Principles. PsycCRITIQUES, 59(33).
  5. Freidlin, P., Littman-Ovadia, H., & Niemiec, R. M. (2017). Positive psychopathology : Social anxiety via character strengths underuse and overuse. Personality and Individual Differences, 108, 50‑54.
  6. Grant, A. M., & Schwartz, B. (2011). Too Much of a Good Thing : The Challenge and Opportunity of the Inverted U. Perspectives on Psychological Science, 6(1), 61‑76.
  7. Bergen, A. B. (2019). Adult character strength use and its relationship to physical and mental health [Doctoral Dissertation]. Walden University.
  8. Young, K. C., Kashdan, T. B., & Macatee, R. (2015). Strength balance and implicit strength measurement : New considerations for research on strengths of character. The Journal of Positive Psychology, 10(1), 17‑24.
  9. Allan, B. A. (2015). Balance Among Character Strengths and Meaning in Life. Journal of Happiness Studies, 16(5), 1247‑1261.

Bastien Wagener

Docteur en psychologie et Maître-praticien PNL, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain!

S'abonner
Me notifier des
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

1 Commentaire
plus récents
plus anciens plus de votes
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires

Aperçu du livre "Plus efficace & plus heureux" avec commentaires

1
0
Qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à laisser un commentaire !x
()
x