Depuis notre plus jeune âge, nous entendons que la lecture est une activité essentielle pour le développement de la pensée, de l’apprentissage, mais aussi pour développer la créativité.

Mais au-delà de ce conseil éculé et des impressions subjectives liées à la lecture, existe-t-il de réels bénéfices découlant de cette activité ? Dans cet article, je vous propose de découvrir ce que la recherche scientifique a à nous dire sur le sujet !

 

Le cerveau des lecteurs

Commençons par l’organe le plus sollicité par la lecture : notre cerveau. Vous avez sans doute déjà entendu certaines personnes déclarer qu’un livre avait changé leur vie. Peut-être même que cela vous est arrivé. Mais si un livre « change la vie », la lecture pourrait-elle par la même occasion transformer le cerveau en profondeur ?

Langage et sensations physiques

Démarrons notre investigation en nous intéressant aux centres du langage. Une étude de l’université d’Emory1 a suivi des lecteurs pendant 19 jours en leur faisant passer quotidiennement une IRM fonctionnelle. Les 5 premiers jours permettaient d’établir un point de référence, avant intervention. Pendant les 9 jours suivants, les participants passaient une IRMf le matin alors qu’ils avaient lu 30 pages du roman la veille au soir. Pour terminer, les chercheurs suivaient leur évolution pendant 5 jours supplémentaires.

Les résultats de ce travail montrent une augmentation de la connectivité dans le cortex temporal gauche (zone associée au langage) les matins suivant la lecture du livre. Cette connexion accrue concernait aussi le cortex moteur primaire (zone des sensations physiques). Cela signifie que les lecteurs expérimentaient de manière atténuée mais significative les sensations physiques et mouvements de protagonistes du livre. Cela rejoint les résultats de travaux portant sur la visualisation, qui a de nombreuses applications dans le domaine des apprentissages, du sport, de la rééducation et de la psychothérapie.

Ces effets sont encore plus intéressants quand on sait qu’ils persistent après l’arrêt de la lecture, du moins pendant un certain temps. Lire permet donc de développer les capacités langagières et d’affiner les sensations physiques.

Augmentation de la qualité des connexions cérébrales

Mais ce n’est pas tout. En effet, une étude de l’université Carnegie Mellon2 a montré qu’une activité de lecture régulière et importante était en mesure de développer et de réparer la matière blanche dans le cerveau au bout de plusieurs mois. La substance blanche est essentielle au bon fonctionnement de notre cerveau, car elle permet d’améliorer l’efficacité de la communication entre les neurones. La conductivité entre les zones du cerveaux pourrait ainsi être multipliée par 10 grâce à la lecture !

SI ces résultats vous semblent incroyables, sachez qu’ils ont été confirmés par d’autres travaux sur les enfants et les adolescents. Chez l’adulte, les choses ne sont malheureusement pas aussi claires pour le moment. Mais quoi qu’il en soit, pour de jeunes cerveaux en développement (c’est-à-dire jusqu’à 24 ans environ), la lecture peut clairement développer la matière blanche du cerveau et améliorer le fonctionnement cérébral.

Lecture, mémoire de travail et attention

De manière plus évidente, une activité complexe comme la lecture permet aussi d’améliorer la mémoire de travail. La mémoire de travail est la mémoire que l’on utilise pour traiter des informations sur le moment (calcul, réflexion, compréhension etc.) et pour faire rentrer des informations en mémoire à long-terme. C’est en quelque sorte la « mémoire tampon » du cerveau. Comme le fait de lire implique de déchiffrer des phrases, de reconstruire du sens, de générer des images mentales et d’assimiler des informations, c’est une excellente activité pour travailler sa cognition. Néanmoins, en fonction de vos lectures, cela constituera un exercice plus ou moins « intense ».

Enfin, sachez que la lecture permet d’améliorer l’empan attentionnel, c’est-à-dire la durée pendant laquelle on arrive à se concentrer sur quelque chose. Mais attention, si cela est vrai pour les livres, ce n’est pas le cas pour la lecture de textes courts en ligne, de manière rapide et superficielle.

Bien sûr, on parle ici de corrélation. Cela signifie que vous pouvez augmenter l’efficacité de votre attention et de votre mémoire de travail grâce à la lecture, mais aussi que l’amélioration de ces fonctions cognitives via d’autres tâches rendra votre lecture plus fluide et efficace.

 

Les effets de la lecture sur le stress et les émotions

Il n’y a pas que notre cognition qui soit affectée par le fait de lire. Selon une étude de l’université du Susssex, lire un journal ou un livre permettrait en effet de réduire le stress de manière plus efficace que le fait d’écouter de la musique, d’aller faire un tour ou encore de faire une pause. Pour obtenir ces bénéfices, il suffit de se concentrer sur une lecture, en silence, pendant quelques minutes. En se plongeant dans cette activité, on réalise une véritable méditation.

Lire pendant seulement 6 minutes peut réduire le stress de manière très importante ! Cliquez pour tweeter

Mais ce n’est pas tout. Une étude récente de Kidd et Castano3 a démontré que le fait de lire de la fiction améliore la capacité à détecter et à comprendre les émotions d’autrui. Si vous voulez développer votre capacité à vous mettre à la place des autres et à comprendre leur fonctionnement, la lecture est donc une piste à explorer.

 

Une source d’apprentissages

Un autre avantage de la lecture réside dans sa capacité à nous apprendre des choses. L’état des connaissances scientifique va bien sûr au-delà de ce constat et montre que le fait de lire de manière régulière est corrélé avec la réussite dans les études4 et dans la vie professionnelle5. Lire sur des sujets qui vous passionnent, ou que vous estimez maîtriser trop peu, est donc une excellente manière de monter en compétences. Cela n’est bien sûr pas suffisant, mais c’est tout de même une activité indispensable pour évoluer efficacement dans quelque domaine que ce soit.

D’ailleurs, ce facteur « réussite » lié à la lecture ne signifie pas qu’il faille lire uniquement des ouvrages techniques. Beaucoup de travaux6 montrent en effet que le volume de lecture (la quantité de pages et de livres lus) est un contributeur très important de l’augmentation du vocabulaire chez l’homme, si ce n’est le premier. Lire permet ainsi de développer l’intelligence cristallisée, c’est-à-dire l’intelligence liée à l’acquisition de connaissances.

 

Lire pour des raisons de santé

Prenons un peu de recul et regardons ensemble ce qu’une vie remplie de bons livres peut apporter. Selon une étude de l’université de Yale7, les gens qui lisent ont tendance à vivre plus longtemps que ceux qui ne lisent pas ou peu. Les chercheurs soulignent néanmoins que la lecture de livres semble plus bénéfique que la lecture de journaux ou de magazines. Cependant, tout le monde peut bénéficier de cette longévité accrue. Elle est indépendante du sexe, du niveau de revenus, du niveau d’éducation et de l’état de santé du lecteur. Selon les spécialistes du sujet, cet effet protecteur de la lecture découlerait des compétences cognitives nécessaires à cette activité. En stimulant le cerveau, la lecture protègerait du vieillissement.

Lire régulièrement est associé à une plus grande espérance de vie ! Cliquez pour tweeter

D’autres travaux8 corroborent ces résultats et montrent que les activités qui stimulent notre cerveau (comme la lecture) peuvent réduire le risque de démence et protéger de la maladie d’Alzheimer. Voilà une autre bonne raison de lire régulièrement.

 

Papier ou numérique ?

Liseuse dans une tente à la montagneLes bénéfices liés à la lecture sont donc légion. Peut-être que cela vous a donné envie de lire un peu plus dans les prochains mois. Mais à l’aire du numérique, une autre question se pose. Vaut-il mieux lire sur papier ou sur écran ? La recherche, là encore, nous apporte quelques réponses intéressantes.

Lire en ligne

Tout d’abord, lire sur écran peut avoir des effets négatifs9, notamment à cause des pratiques qui y sont associées. En effet, quand nous lisons sur le web, nous avons plus tendance à lire en diagonale. Nous sommes aussi stimulés par des images, des pubs, et nous ouvrons souvent plusieurs onglets à la fois… En conséquence, nous retenons moins ce que nous lisons. Il s’agit cependant ici de défauts liés à l’environnement de lecture plus que de problèmes relatifs au support physique du texte.

Le problème des écrans

Quoi qu’il en soit, les écrans créent une fatigue visuelle notable9 par rapport au livre papier. Les liseuses qui n’émettent pas de lumière artificielle et utilisent l’encre électronique ne présentent toutefois pas ce défaut.

Néanmoins, selon une autre étude10, nous aurions tout de même plus de facilités à nous rappeler correctement et précisément d’une histoire en lisant sur papier plutôt que sur liseuse. Cela pourrait être dû aux sensations tactiles qui permettent de mieux se repérer dans un livre. Il faut tout de même relativiser ces résultats car cette étude n’a porté que sur des nouveaux utilisateur de liseuses, ce qui pourrait expliquer ces difficultés.

Quel support choisir ?

En conclusion, lire des textes longs sur écran n’est probablement pas une excellente idée, à moins d’utiliser une liseuse. D’autres travaux seront nécessaires pour identifier de manière définitive le meilleur support de lecture. Aussi, tant que vous ne passez pas des heures à lire des livres sur tablette ou téléphone portable, vous tirerez probablement pleinement avantage de la lecture. Si vous souhaitez toujours avoir une bibliothèque à portée de main, optez donc une liseuse Kindle ou Kobo.

Il est préférable de lire sur papier que sur écran. Les liseuses restent cependant une bonne alternative au livre papier. Cliquez pour tweeter

 

Quelques conseils pour tirer un maximum de bénéfices de la lecture

Maintenant que nous avons fait le tour des bénéfices de la lecture et déterminé les supports à préférer afin de lire dans de bonnes conditions, voici 7 conseils pour lire plus.

1. Trouver les minutes perdues

Dans la journée, nous avons tous des moments « perdus ». Qu’il s’agisse de temps passé dans les transports en commun, de files d’attente ou de battements entre deux activités, nous avons de multiples occasions de lire quelques pages. Sur une journée, toutes ces minutes cumulées peuvent représenter un temps non négligeable.

2. Limiter les distractions

N’essayez pas de lire en regardant la télé ou en prêtant attention à autre chose en même temps. Lire est une activité qui mobilise beaucoup de ressources attentionnelles et qui nécessite de s’y consacrer pleinement. Je suis sûr qu’il vous est déjà arrivé comme moi de lire une page en pilote automatique pour vous rendre compte, à la fin de celle-ci, que vous n’aviez rien retenu ou compris, car votre esprit était ailleurs. Alors pour ne pas perdre de temps et lire efficacement, concentrez vous pleinement sur cette activité.

3. Choisir le bon support

Limiter les distractions, c’est aussi lire dans un environnement de lecture épuré. Donc plutôt que d’opter pour un écran d’ordinateur ou une tablette, privilégiez la lecture sur liseuse ou sur papier. L’avantage de la liseuse par rapport au papier est sa taille et sa capacité à contenir une petite bibliothèque. C’est un choix idéal en déplacement.

Livre en lévitation dans une bibliothèque4. Trouver des listes de lectures

Plutôt que de passer un temps fou à chercher des livres de qualité, appuyez-vous sur le travail de curation d’autres personnes que vous appréciez. Il peut s’agir de votre libraire, de vos auteurs préférés, de blogueurs… Évitez de passer des heures à chercher le meilleur livre du moment et lancez-vous. Si le livre ne vous plaît finalement pas, il n’y a pas de honte à l’abandonner pour lire autre chose !

5. Ne pas céder à la mode de la lecture rapide

Cette tendance qui a émergé depuis plusieurs années n’a en réalité pas beaucoup d’intérêt. Lire 100 livres par an en diagonale et en retenir très peu de choses n’est pas une utilisation efficace de son temps. Il vaut mieux lire moins, y prendre du plaisir, et en tirer de véritables apprentissages.

6. Prendre des notes

Une manière d’apprendre de vos lectures est justement de prendre des notes. Qu’il s’agisse d’informations clé dans un livre de développement personnel ou encore de citations fortes ou de « belles phrases » dans un roman, prenez le temps de repérer les éléments qui vous parlent. Vous en profiterez encore plus et retiendrez mieux ces informations à long terme. Là aussi, les liseuses ont un avantage avec leur système de prise de notes intégré.

7. Partager vos lectures

Enfin, comme pour toute activité, une dose de collectif peut renforcer votre motivation. Pour bénéficier de cet effet de groupe, vous pouvez par exemple vous mettre en quête de clubs de lecture dans votre quartier. Mieux encore, vous pouvez lancer votre propre « club » avec des amis. Cela vous permettra de partager points de vue, analyses et expériences sur des lectures communes, mais aussi de découvrir de nouveaux livres facilement !

 

Conclusions

Au final, la lecture est une activité très stimulante d’un point de vue cognitif qui apporte de nombreux bénéfices sur la santé cérébrale. Lire est enrichissant et stimulant. Cela peut même devenir un réel plaisir et une source de détente, voire même une forme de méditation.

Les livres nous offrent une porte vers de nouvelles connaissances et de nouveaux univers. Ils sont aussi une source de créativité et d’apprentissage infinie. Aussi, n’hésitez pas à lire plus, mais surtout à lire mieux ! Quels que soient vos centres d’intérêt, il existe nécessairement de nombreux et excellents livres qui n’attendent que vous !

 

Références

  1. Berns, G. S., Blaine, K., Prietula, M. J., & Pye, B. E. (2013). Short- and Long-Term Effects of a Novel on Connectivity in the Brain. Brain Connectivity, 3(6), 590‑600. https://doi.org/10.1089/brain.2013.0166
  2. Keller, T. A., & Just, M. A. (2009). Altering Cortical Connectivity : Remediation-Induced Changes in the White Matter of Poor Readers. Neuron, 64(5), 624‑631. https://doi.org/10.1016/j.neuron.2009.10.018
  3. Kidd, D. C., & Castano, E. (2013). Reading Literary Fiction Improves Theory of Mind. Science, 342(6156), 377‑380. https://doi.org/10.1126/science.1239918
  4. OECD. (2020). PISA 2018 Results (Volume V) : Effective Policies, Successful Schools. OECD. https://doi.org/10.1787/ca768d40-en
  5. Kirsch, I., S., Jungeblut, A., Jenkins, L., & Kolstad, A. (2002). Adult Literacy in America (NCES 1993-275; p. 176). U.S. Department of Education. https://nces.ed.gov/pubs93/93275.pdf
  6. Cunningham, A. E., & Stanovich, K. E. (2001). What reading does for the mind. Journal of Direct Instruction, 1(2), 137‑149.
  7. Bavishi, A., Slade, M. D., & Levy, B. R. (2016). A chapter a day : Association of book reading with longevity. Social Science & Medicine, 164, 44‑48. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2016.07.014
  8. Wilson, R. S., Boyle, P. A., Yu, L., Barnes, L. L., Schneider, J. A., & Bennett, D. A. (2013). Life-span cognitive activity, neuropathologic burden, and cognitive aging. Neurology, 81(4), 314‑321. https://doi.org/10.1212/WNL.0b013e31829c5e8a
  9. Baccino, T., & Drai-Zerbib, V. (2015). La lecture numérique. PUG.
  10. Mangen, A., Walgermo, B. R., & Brønnick, K. (2013). Reading linear texts on paper versus computer screen : Effects on reading comprehension. International Journal of Educational Research, 58, 61‑68. https://doi.org/10.1016/j.ijer.2012.12.002
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Bastien Wagener

Docteur en psychologie et Maître-praticien PNL, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain!

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