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Le courage : nature et conséquences

Jeune homme regardant le gouffre en haut d'une falaise

Dans nos sociétés modernes, la notion de courage peut sembler éloignée du quotidien. Nous sommes nombreux à le considérer comme limité à certaines professions, voire à la fiction. Et pourtant, inutile de mettre sa vie en danger pour être considéré comme courageux. Cette vertu se traduit par une grande variété de comportements, de plus ou moins grande ampleur. Entre le courage très personnel et l’action universellement héroïque, il existe un grand éventail d’actions possibles.

Résister à la pression des pairs, s’interposer face à un harceleur, gérer une maladie grave avec grâce, défendre une cause sociale, signaler une action non éthique au travail quitte à perdre son emploi sont autant d’actions qu’on peut qualifier de courageuses1.

Dans cet article, je vous propose de définir le concept de courage afin de mieux comprendre comment le cultiver. C’est important, car prendre des risques et agir malgré le stress et la peur a de nombreux effets positifs2. Que ce soit dans le domaine personnel ou professionnel, le courage mérite d’être promu.

 

Qu’est-ce que le courage ?

Être courageux, c’est affronter des défis, des menaces ou des difficultés. Et cela implique aussi d’avoir des convictions et des objectifs forts qui guident notre action, même s’ils ne sont pas populaires1. Un des éléments centraux de cette vertu est le fait de faire face à ses peurs plutôt que de les éviter. Il s’agit de prendre conscience du risque et d’agir pour atteindre un but, plutôt que d’être tétanisé ou de fuir3.

Le courage se définit ainsi par rapport à plusieurs paramètres2,3,4,5,6,7  :

  • Les 5 paramètres du courage sous forme d'icônesLe risque. Le courage requiert la présence de danger et de pertes, risques ou blessures potentiels. Sans ce “péril” , il n’y a pas de bravoure dans une action. Le courage a de la valeur parce qu’il permet aux gens d’inhiber leur réponse immédiate face au danger et de déployer des comportements appropriés.
  • La peur. Le courage implique la maîtrise de la peur plutôt que l’absence de peur. Contrairement à la témérité où l’individu ne ressent aucune crainte et agit, ici l’individu passe à l’action malgré la peur ressentie.
  • L’évaluation de la situation. Le courage implique le jugement, c’est-à-dire la compréhension des risques et l’acceptation des conséquences potentielles de l’action.
  • Des actions volontaires. Une action contrainte ne peut pas être qualifiée de courageuse. Le courage implique un choix conscient suite à l’évaluation des conséquences de l’action envisagée.
  • Des buts/convictions nobles. On considère qu’une personne est courageuse quand la finalité de son action est positive, lorsque cette dernier “en vaut la peine” .

 

Les différents niveaux de courage

Bien entendu, le courage s’exprime à différents niveaux, qui vont de l’intime à l’universel. Agir volontairement dans des circonstances dangereuses, malgré la peur afin de défendre quelque chose de positif peut autant s’exprimer au niveau personnel qu’à la vue de tous. Toute action courageuse pourra donc être située sur un continuum aux extrémités suivantes5 :

  • Personnel. Des actions vues comme courageuses par rapport au contexte de l’individu.
  • Général. Actions plus « imposantes » que n’importe qui considérera comme courageuses.

Ainsi, si la situation est vue comme menaçante ou effrayante par tous, on parle de courage général. Lorsqu’il s’agit de situations qui ne provoquent la peur que chez la personne concernée, on utilise le terme de “courage personnel” . S’exposer à sa phobie pour la dépasser penchera plutôt vers le pôle “personnel” , alors que sauver quelqu’un d’un bâtiment en feu relèvera davantage du courage général.

Les quatre types de courage

Enfin, le courage varie en fonction des risques encourus et des buts poursuivis6. On distingue ainsi 4 types de courage1 :

  • Physique. Il s’agit ici de mettre son intégrité physique en jeu, comme peuvent par exemple le faire les pompiers.
  • Psychologique. Ce courage s’exprime quand on s’attaque à des problèmes personnels (mentaux, émotionnels, etc.). Cela implique souvent d’admettre ses vulnérabilités et difficultés aux autres, et si nécessaire, de demander de l’aide.
  • Social. Dans le courage social les risques sont liés à l’estime que les autres ont envers l’acteur. Assumer ses choix, même s’ils sont impopulaires, peut être une forme de courage social. L’âge et certains traits de personnalité (ex : persévérance, proactivité) sont corrélés à ce type de courage6.
  • Moral. Ceci se traduit par le fait de prendre la parole pour défendre ce qui est juste, même s’il y a des oppositions. Défendre ceux qui ne peuvent pas prendre la parole (ou qui ne risquent pas d’être entendus) et défendre les droits d’un groupe sont des exemples de courage moral.

Les 4 types de courage sous forme d'icônesIl n’est pas inhabituel que les gens ne fassent preuve que d’une forme de bravoure. Un vétéran peut ainsi avoir peur de prendre des risques dans sa vie personnelle, et quelqu’un qui combat pour la justice sociale peut ne pas affronter ses propres angoisses dans une relation.

Par ailleurs, le courage peut émerger en fonction de paramètres liés à la personnalité et à l’environnement. Personne n’est donc courageux (ou lâche) en permanence.

 

Les effets du courage

Comprendre le courage est une chose, mais quels en sont les effets ? Au-delà de la valeur morale qu’on peut attribuer au courage, quelles en sont les bénéfices ? Plusieurs recherches nous éclairent sur le sujet. Par exemples, des études chez les soldats montrent qu’un niveau plus élevé de courage est lié à un stress plus faible et à des performances optimales3. Plus généralement, les personnes courageuses ont un plus grand bien-être, davantage de satisfaction dans la vie et gèrent plus facilement des épisodes de dépression et de détresse3.

Pour résumer, de nombreux travaux identifient des liens forts entre le courage et les dimensions suivantes3,4 :

Autant de raison de chercher à être plus courageux au quotidien !

 

Cultiver le courage

Personne ne naît courageux. On le devient. Comme n’importe quelle autre dimension, le courage peut donc se cultiver. Et comme nous sommes tous tôt ou tard confrontés à des situations personnelles ou professionnelles qui nécessitent d’affronter nos peurs et de prendre des risques, ce travail n’est pas inutile. Autant développer cet aspect par temps calme pour être prêt quand les circonstances l’exigeront. C’est ce qui nous permettra d’agir selon ce qui nous paraît juste et important le moment venu1. Ici, je vous propose 7 pistes pour élever votre niveau de courage.

1. Développer le courage moral

Pour favoriser ce type de courage, il faut faire preuve de conscience morale. Et pour développer cette dernière, on peut tout simplement passer par des simulations qui impliquent des dilemmes moraux8. Pour ce faire, on peut par exemple :

  • Se demander ce que l’on ferait à la place de tel personnage ou de tel décideur dans la même situation.
  • Étudier un modèle (quelqu’un que l’on admire) et chercher à comprendre les raisons de ses actes courageux. En allant lire sa biographie, on prend souvent davantage conscience de l’ampleur de son courage. Vous pouvez aussi vous intéresser à des modèles plus proches, au sein de votre communauté ou de votre famille par exemple. Ils peuvent vous permettre de trouver l’inspiration, d’incarner des valeurs nobles et de vous investir dans des causes qui ont du sens.
  • Jouer à des jeux vidéo qui intègrent des dilemme moraux. Un jeu comme Papers Please propose par exemple de faire ce type de choix et d’en observer les conséquences à court et à long terme.

2. Agir courageusement quand on a le temps de la réflexion

Afin que les actions courageuses portent leurs fruits, on peut aussi les optimiser en analysant la situation. Pour augmenter ses chances de succès et éviter les comportements imprudents, irrationnels ou non productifs on peut s’appuyer sur 6 processus distincts9 :

  • Etablir des objectifs principaux et annexes. À quoi ressemblerait le succès dans la situation risquée que l’on évalue ?
  • Déterminer l’importance de l’atteinte de ces objectifs. Quelles seront les conséquences morales, personnelles, sociales et matérielles si on n’agit pas ?
  • Faire pencher la balance du pouvoir en sa faveur. Quelles sont les relations et les soutiens qui peuvent rendre notre action courageuse plus susceptible de porter ses fruits ?
  • Évaluer le rapport bénéfices/risques. Quelles sont les conséquences négatives en cas de réussites et d’échec ? Quels sont les bénéfices de l’action ?
  • Choisir le bon moment pour agir. À quel moment notre action aura le plus d’impact et de pertinence ?
  • Développer des plans de gestion de l’imprévu. Quels imprévus peuvent survenir ? Que faire en cas d’échec ?

3. Travailler son sentiment d’efficacité personnelle

On ne peut être courageux que si l’on croit en sa capacité à avoir un impact sur l’environnement. Développer le courage nécessite donc de travailler son auto-efficacité ou sentiment d’efficacité personnelle2. Ceci passe par des réussites et la prise de conscience de celles-ci. La modélisation ou l’expérience vicariante permettent aussi de développer cette dimension. Bien entendu, les encouragements sont également importants pour augmenter son sentiment d’efficacité personnelle et donc favoriser le courage. Je vous invite à lire cet article qui détaille davantage ces pistes.

4. Étendre sa zone de confort

Développer le courage nécessite de prendre des risques, nous l’avons vu. Or, sortir de sa zone de confort régulièrement pour l’étendre petit à petit fait parti des actions évidentes pour ce faire. Cela vous permettra de mieux garder le contrôle en situation incertaine. Vous trouverez des exemples et des propositions pour faire ce travail dans cet épisode du podcast et dans cet article.

5. Se fixer des objectifs et identifier ses valeurs

Le fait d’avoir un but ultime, qui nous dépasse, permet aussi de développer le courage2. Quand on sait ce que l’on veut atteindre, pourquoi on agit et en quoi cela apportera du positif à soi, mais aussi aux autres, il est plus facile de faire face à ses peurs. Se fixer des objectifs à long terme clairs et se les rappeler régulièrement est donc une excellente manière de stimuler le courage.

Identifier ses valeurs permet aussi de savoir ce qui compte pour soi. Ceci peut nous aider à repérer ce qui mérite que l’on agisse pour les défendre. Vous pouvez travailler sur le sujet en consultant cet article.

6. Apprendre à gérer son stress

Le courage nécessite de prendre des risques face à des situations où on l’on ressent de la peur. Être en capacité de mieux gérer son stress pour éviter que celui-ci nous bloque est une très bonne manière de créer de l’espace pour que des actions courageuses puissent se déployer2. Pour ne pas être tétanisé ou fuir, vous pouvez donc apprendre à mieux canaliser votre stress via un certain nombre de méthodes présentées ici ou encore ici.

7. Cultiver le courage dans les relations

Les relations sont un “terrain” tout à fait approprié pour développer son courage. Si vous souhaitez travailler cette dimension dans vos interactions avec autrui, vous pouvez explorer les pistes suivantes1 :

  • Dans une relation proche (ou qu’on souhaiterait développer), on peut utiliser le courage pour faire de compliments. Ceci peut en effet paraître difficile ou inconfortable à certains. Dans ce cas, l’objectif est de se focaliser sur l’expérience positive d’autrui et non sur sa propre nervosité.
  • Considérez le fait de discuter d’une de vos peurs relationnelles avec votre partenaire (ex : peur de l’intimité, peur d’être quitté, etc.). Si cela semble trop difficile, commencez par utiliser le courage pour explorer cette peur à l’écrit, dans un journal par exemple.
  • Prêtez attention à quelque chose qui vous préoccupe chez un de vos amis et qui affecte son bien-être. Utilisez le courage pour partager cela avec lui ou pour réfléchir à la manière dont vous pourriez le partager. Si vous le faites, utilisez d’autres forces de caractère comme l’intelligence sociale, la perspective et la bonté afin de vous aider à présenter vos préoccupations de manière constructive.

 

Conclusions

Malgré les représentations que l’on peut avoir sur le sujet, le courage est présent partout dans notre quotidien. C’est une force de caractère nécessaire pour améliorer et maintenir sa croissance personnelle. Il fait le pont entre la zone de confort et la zone de croissance2. Et Les moyens de développer le courage ne manquent pas. Il peut être promu par la pratique, l’exemple (modélisation) ou en développant certaines caractéristiques personnelles (ex : confiance en soi) ou collectives (ex : cohésion de groupe)4.

Bien évidemment, travailler sur son courage n’est pas toujours facile : à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Alors construisez votre courage petit à petit, nul besoin de se transformer en super-héros du jour au lendemain ! Vous verrez que malgré quelques échecs, ce travail de fond vous apportera de nombreux bénéfices.

 

Références

Voir les références
  1. Niemiec, R. M., & McGrath, R. E. (2019). The power of character strengths : Appreciate and ignite your positive personality. VIA Institute on Character.
  2. Goud, N. H. (2005). Courage : Its Nature and Development. The Journal of Humanistic Counseling, Education and Development, 44(1), 102‑116.
  3. Wang, J., Sun, D., Jiang, J., Wang, H., Cheng, X., Ruan, Q., & Wang, Y. (2022). The effect of courage on stress : The mediating mechanism of behavioral inhibition and behavioral activation in high-risk occupations. Frontiers in Psychology, 13, 961387.
  4. Peterson, C., & Seligman, M. E. P. (2004). Character strengths and virtues : A handbook and classification. American Psychological Association ; Oxford University Press.
  5. Norton, P. J., & Weiss, B. J. (2009). The role of courage on behavioral approach in a fear-eliciting situation : A proof-of-concept pilot study. Journal of Anxiety Disorders, 23(2), 212‑217.
  6. Howard, M. C., & Cogswell, J. E. (2019). The left side of courage : Three exploratory studies on the antecedents of social courage. The Journal of Positive Psychology, 14(3), 324‑340.
  7. Fowers, B. J., Novak, L. F., Calder, A. J., & Sommer, R. K. (2021). Courage, Justice, and Practical Wisdom as Key Virtues in the Era of COVID-19. Frontiers in Psychology, 12, 647912.
  8. Gibson, E. (2019). Longitudinal Learning Plan for Developing Moral Courage. Teaching and Learning in Nursing, 14(2), 122‑124.
  9. Reardon, K. K. (2007). Courage as a skill. Harvard Business Review, 85(1), 58‑64, 124.
Bastien Wagener
WRITTEN BY

Bastien Wagener

Docteur en psychologie, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain !
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Anaïs
Anaïs
6 mois plus tôt

Quelles sont les conséquences du courage ? – Merci de m’avoir édifiée !

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