La plupart du temps, nous avons du mal à trouver des idées innovantes parce que nous essayons de faire deux choses à la fois. Générer des idées, et les évaluer. Or, pour avoir des idées nouvelles et innovantes, il faut suspendre son jugement et s’autoriser toutes les fantaisies. De plus, si on souhaite trouver la bonne idée, il faut en avoir beaucoup. Et pour en avoir beaucoup, il faut justement laisser sa créativité se déployer sans filtres. C’est l’essence même du processus créatif. Cela peut se faire par exemple grâce au brainstorming, au brainstorming inversé, ou via un outil comme le SCAMPER.

Dans un deuxième temps, il sera néanmoins indispensable de sélectionner et d’affiner les options identifiées pour les transformer en faire quelque chose de concret. Mais comment faire ce travail de sélection sans pour autant « tuer » l’originalité des idées produites ? Dans cet article, je vous propose d’utiliser un outil conçu pour atteindre cet objectif, la technique PPCo.

 

Sortir des sentiers battus

Lorsque l’on génère de nouvelles idées, il est préférable d’être dans une disposition très ouverte qui favorise la créativité. Néanmoins, il faut être en mesure de réorganiser et de retravailler ces idées pour les adapter aux contraintes du terrain. C’est là que tout va se jouer. Si l’on a été capable de trouver une multitude d’idées originales pour un projet, tout ce travail peut vite être réduit à néant par des jugements sévères et expéditifs (ex : « de toute façon ce n’est pas possible », « ça ne marchera jamais », etc.). En effet, si on sort des sentiers battus pour mettre à la poubelle tout ce qu’on en rapporte, cela aura été une promenade intellectuelle certes agréable, mais non productive.

Dans le travail de « filtrage », il faut donc examiner les idées d’une manière particulière pour conserver leur richesse tout en les rationalisant. A l’issue de ce processus, on arrive à une courte liste d’alternatives qui se démarquent clairement des autres et se situent au-dessus du lot. Cela n’est rendu possible que grâce à un travail de renforcement et de développement, en non en appliquant des jugements « couperets ». Il ne s’agit ni d’être irréaliste, ni de penser que tout ce qui est original est voué à l’échec.

Les principes à respecter

Pour faire ce travail de filtrage (phase de convergence), il y a quatre principes à respecter :

  1. Utiliser un jugement affirmatif/positif. On applique une pensée critique équilibrée qui prend en compte le négatif mais aussi le positif. On commence ainsi par considérer les points positifs des idées générées avant de passer à la critique des points faibles.
  2. Entretenir la nouveauté. On protège l’aspect novateur et original des idées produites. Il s’agit alors de ne pas mettre les idées nouvelles de côté trop rapidement en restant curieux et ouvert au sujet des conséquences de l’application d’une idée.
  3. Vérification des objectifs. Avant d’évaluer précisément une idée, il faut établir des critères d’évaluation précis. Ce cadre permettra à un concept original de pleinement s’épanouir et de ne pas être écarté pour des raisons floues. Le processus d’innovation consiste à produire quelque chose (de matériel ou d’immatériel) de nouveau et d’utile (au sens large). En élaborant des critères d’évaluation, on s’assure donc de respecter les deux piliers de ce processus.
  4. Concentration et focalisation. Ici, il s’agit de rester suffisamment concentré pour s’assurer que les meilleures alternatives sont prises en considération. Le travail de filtrage est un processus rigoureux qui ne doit pas être fait de manière expéditive. Le mieux est alors de passer chaque idée au crible des critères d’évaluation au moins deux fois pour s’assurer d’une démarche exhaustive. L’objectif est de trouver un équilibre entre intuition et analyse critique.

Suivre ces principes permet de structurer l’analyse des idées produites, mais aussi de garantir le maintien de la créativité au moment de la prise des décision.

 

Une technique pour évaluer des idées de manière positive et constructive : le PPCo

Respecter les principes décrits plus haut est déjà une bonne manière de ne pas tuer une idée originale « dans l’œuf ». Néanmoins, travailler avec une technique spécifique permet de faciliter ce travail en posant un cadre et une démarche clairs.

parcours de la méthode PPCoLe PPCo (Pluses, Potentials, Concerns and Overcoming concerns) a été développé et affinée depuis sa première version il y a plus de 30 ans[1]. Comme vous l’aurez compris dans les paragraphes précédents, cet outil est utile pour transformer des idées en solutions viables et concrètes. C’est tout simplement la première étape qui mène à l’implémentation d’une idée (planification et exécution). On est alors prêt à passer à l’action avec une solution réalisable et pleinement affinée.

Grâce au PPCo, on peut renforcer une idée prometteuse en mettant en avant ses avantages clés et en identifiant et traitant ses points faibles ou les appréhensions que l’on peut avoir à son sujet. Ainsi, en appliquant les 4 principes précédents, on donne une chance équivalente à toutes les idées, en considérant leurs mérites respectifs.

Les étapes de la technique PPCo

a. Démarrage

  • On commence par écrire l’idée à étudier en haut de la feuille. On liste également les critères d’évaluation.

b. Le cœur de la technique

  1. Identifier les « plus ».
    • On génère d’abord un maximum d’éléments positifs concernant l’idée évaluée, sans filtres. Il faut se focaliser sur le présent (si on l’implémentait maintenant, quels seraient ses aspects positifs).
    • On regarde alors comment cette solution provisoire répond aux critères de nos objectifs initiaux (on a en effet généré l’idée pour répondre à un problème précis). On sélectionne ensuite les « plus » qui sont les aspects les plus forts de l’idée.
  2. Identifier les potentialités.
    • A cette étape, on liste tout ce que cette idée, si elle était implémentée, pourrait apporter immédiatement ou dans le futur.
    • On sélectionne ensuite les apports qui ont le plus grand potentiel ou le plus grand intérêt.
  3. Identifier les inquiétudes.
    • Après avoir identifié le positif, on prend le temps de lister, sans filtres, toutes les inquiétudes que l’on peut avoir sur l’idée en question. Ces limites peuvent être à court, moyen ou long-terme.
    • Dans un deuxième temps, on identifie les problèmes qui doivent être traités, notamment ceux qui vont faire échouer l’idée s’ils ne le sont pas. Pour terminer, on les classe par importance.
  4. Dépasser les problèmes. Pour cette dernière étape, on s’intéresse aux problèmes/défis les plus importants. Là encore, on procède en deux temps :
    • Tout d’abord, on génère une liste d’idées pour dépasser le problème/relever le défi, sans se restreindre et sans filtres. On fait ce travail pour chaque problème/défi central.
    • On procède ensuite à une sélection des idées qui seront utilisées pour dépasser ces limites et résoudre les problèmes identifiés.

c. Phase finale

  • Révision de l’analyse et prise de décision. Après le travail précédent, trois options s’offrent au décideur vis-à-vis de l’idée considérée :
    1. Reprise de l’idée dans sa formulation initiale.
    2. Modification et renforcement de l’idée en une solution encore plus forte en incorporant certaines des idées générées pour dépasser les problèmes. Si on choisit cette option, il faudra écrire et formuler la nouvelle idée/solution améliorée.
    3. Abandon de l’idée à cause d’un trop grand nombre de limites et d’inquiétudes qui ne peuvent être dépassées. Néanmoins, certains aspects de l’idée pourront être mis de côté pour enrichir d’autres idées analysées par la suite.

Télécharger la fiche du PPCo

Pour vous aider, je vous ai préparé une fiche-outil de 3 pages qui détaille plus précisément la technique (quelles questions se poser, de quelle manière, etc.). Vous y trouverez également une grille vierge à compléter.

Aperçu de la fiche sur la technique PPCo

Téléchargez la fiche de la technique PPCo

 

Se laisser du temps

Il n’est pas toujours aisé de prendre une décision immédiatement vis-à-vis d’une idée particulière. En effet, on peut parfois être tiraillé entre l’enthousiasme et la peur de l’échec. Le mieux est alors d’utiliser un joker. Le principe du joker consiste à se laisser du temps pour l’incubation. Cela signifie simplement qu’on met le travail sur le projet ou le problème de côté pour un moment. Cette incubation permet bien souvent de trouver des idées supplémentaires ou de faciliter la prise de décision.

  • Ainsi, si les méthodes de recherche active ne réussissent pas à produire un résultat satisfaisant, on peut délibérément mettre en place une période d’incubation (pause, sport, travailler sur autre chose, etc.). Il faut alors se préparer à avoir de quoi noter lorsqu’une solution ou une idée en rapport avec le problème nous vient à l’esprit.
  • A l’inverse, l’incubation peut aider à la prise de décision. On se laisse ainsi du temps pour choisir la meilleure option, en permettant à notre cerveau de mieux comprendre et intégrer les forces, faiblesses et conséquences de l’idée analysée au préalable. C’est aussi de là que vient l’adage « la nuit porte conseil » !

Nous pratiquons déjà tous l’incubation de manière spontanée. C’est comme cela que nous avons parfois des idées très intéressantes sous la douche, ou que la décision à prendre s’impose à nous pendant une séance de sport. Ayez donc toujours un système pour noter et capturer rapidement les idées qui se présentent. Cela vous permettra de tirer pleinement profit de ce processus naturel.

 

Conclusion

Pour entretenir la « flamme » de l’originalité et de la créativité dans vos projets, adopter une attitude constructive et positive est donc une solution pertinente. Avec une technique telle que le PPCo ce travail sera facilité. Trop souvent, sous couvert de « principe de réalité » vague, flou et pourtant définitif, on tue dans l’œuf des solutions innovantes. Que vous travailliez à un projet seul(e) ou en groupe, je vous conseille donc vivement d’adopter cette approche, et plus largement celle de la résolution créative de problèmes. Faites vivre vos idées les plus folles !

[1]
Miller B, Vehar J, Firestien R, et al. Creativity unbound. FourSight; 2011.
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Bastien Wagener

Docteur en psychologie et Maître-praticien PNL, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain!

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