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Avoir conscience de son propre fonctionnement, de ses forces et de ses points faibles, représente un atout non négligeable au quotidien. Qu’il s’agisse du monde du travail ou des relations personnelles, on sera plus efficace et pertinent dans ses actions si on se connaît bien.

La plupart des gens pensent d’ailleurs avoir une bonne conscience d’eux-mêmes. En réalité, on estime pourtant que seuls 10 à 15% des individus ont une connaissance personnelle juste et précise1. Cela s’explique notamment par le fait que cette notion est assez méconnue, mais aussi parce que les pratiques d’introspection courantes sont peu efficaces, voire même parfois totalement contre-productives.

Je vous propose donc de découvrir ce que les psychologues entendent par « conscience de soi » (ou « self-awareness » en anglais), ce que cette capacité permet, mais aussi des pistes pour développer une meilleure connaissance de son propre fonctionnement.

 

Qu’est-ce la conscience de soi ?

La conscience de soi, c’est d’abord la capacité à focaliser son attention sur sa propre personne, comme on le ferait avec n’importe quel « objet » cognitif2. Il s’agit de se voir de manière claire et objective grâce à la réflexion et à l’introspection. On observe ses propres comportements, sentiments, pensées, traits de caractère, etc.

Cette capacité est présente de manière primitive dès la naissance chez l’être humain. Il faut cependant attendre la deuxième année de vie pour qu’elle se développe de manière conséquente. Elle continuera ensuite à s’étoffer au fil des années.

Avant d’aller plus loin, sachez qu’il est bien sûr impossible d’atteindre une précision parfaite et définitive en termes de conscience de soi. Néanmoins, il est important de travailler cette dimension tant elle est indispensable pour progresser et apprendre2.

Le fonctionnement de la conscience de soi

La théorie de la conscience de soi est basé sur l’idée que nous ne sommes réductibles à nos pensées, mais que nous sommes une entité capable de les observer. Au quotidien, nous ne passons cependant pas notre temps à prendre du recul sur nos actions, ressentis ou pensées (et heureusement). Toutefois, nous prêtons tout de même attention à ce qui se passe en nous assez régulièrement. Cette auto-évaluation peut émerger spontanément dans diverses situations ou être le fruit d’une démarche délibérée. Et dans ce cas, on se demande alors si nos pensées, sentiments ou actions correspondent à nos valeurs et standards, si on pense et si on agit comme on « devrait » le faire.

L’importance des standards (ou normes d’évaluation)

Même si nous ne nous arrêtons pas pendant de longues minutes pour nous jauger à l’aune de standards personnels à chaque instant, cette auto-évaluation se produit toutefois assez fréquemment. Ces standards sont d’ailleurs centraux dans notre fonctionnement. Ils sont en effet une composante primordiale du self-control, et permettent de savoir si nos choix nous rapprochent de nos objectifs. Quand on procède à cette comparaison entre réalité et standards, 2 résultats sont possibles3 :

  1. On « réussit ». Il y a un alignement entre nous-même et nos standards
  2. On « échoue ». Il y a un décalage entre nous et nos standards

Quand il y a un décalage on peut soit chercher à le réduire, soit tenter de l’éviter ou de l’ignorer activement. La théorie de conscience de soi montre que ce choix dépend avant tout de notre prédiction. Si on pense qu’il est peu probable de réduire ce décalage, on cesse généralement de s’auto-évaluer sur ce point précis. Si on pense au contraire qu’on peut corriger le tir avec des efforts, alors on va ajuster ses propres comportements. Enfin, il est bien sûr également possible de changer de standards si ceux-ci nous paraissent irréalistes. Mais cela est loin d’être simple, et beaucoup de gens luttent ainsi pendant de nombreuses années pour se hisser à la hauteur de standards parfaitement excessifs et s’enferment dans ce qui leur apparaît comme une situation d’échec permanent.

Cette notion de normes d’évaluation personnelle est donc incontournable quand on s’intéresse à la conscience de soi. Notez que celles-ci sont également parfois contre-productives à cause d’un état d’esprit limitant. C’est alors d’abord ce point précis qu’il faudra travailler.

Les différents types de conscience de soi

Si la notion de conscience de soi peut paraître uniforme de prime abord, elle se compose en réalité de deux catégories indépendantes1 :

  • Les 4 archétypes de la conscience de soi (conscience de soi interne et externe)La conscience de soi interne. La précision avec laquelle on perçoit ses valeurs, passions, aspirations, adaptations à l’environnement, réactions (pensées, sentiments, comportements, forces et faiblesses) et notre impact sur les autres. Cette dernière est associée à une plus grande satisfaction au travail et à un bien-être plus élevé. Elle favorise un faible stress, une faible anxiété, et protège de la dépression.
  • La conscience de soi externe. Comprendre comment les autres nous perçoivent. Développer cette capacité de manière équilibrée développe l’empathie et facilite les relations sociales grâce à la compréhension des autres qu’elle implique. Lorsqu’elle est biaisée, elle peut en revanche aboutir à une anxiété d’évaluation et à un stress conséquent.

Ces deux types de conscience de soi sont importantes et peuvent émerger en fonction des situations, ou au contraire traduire une tendance générale chez un individu4. Dans ce dernier cas, celles-ci peuvent prendre une forme délétère (rumination), ou être plus saines en prenant l’aspect de la réflexion.

 

Lien avec l’intelligence émotionnelle

À la lecture des précédents paragraphes, vous avez dû vous rendre compte que cette capacité peut fortement influencer nos relations aux autres. En cela, faire preuve d’une conscience de soi équilibré relève de l’intelligence émotionnelle. Cette dernière regroupe l’ensemble des compétences qui nous permettent de reconnaître et de réguler les émotions chez nous et chez les autres5. La conscience de soi fait ainsi partie des 5 composantes essentielles de l’intelligence émotionnelle, listées ci-dessous :

In fine, tout ceci est assez logique. Il en en effet indispensable d’avoir conscience de soi pour s’autoréguler, utiliser ses compétences sociales et faire preuve d’empathie. Développer sa conscience de soi, c’est donc aussi développer son intelligence émotionnelle.

 

Les effets d’une meilleure conscience de soi

Comme nous avons commencé à l’évoquer, le fait de faire preuve d’une conscience de soi juste et équilibrée présente de nombreux bénéfices :

  • Cela peut nous rendre plus proactifs, booster notre acceptation de nous-mêmes et encourager le développement de soi positif6. On éprouve de la fierté et on développe l’estime de soi2.
  • Cette capacité nous permet de pratiquer l’auto-contrôle et de gagner en productivité2.
  • Le processus créatif est favorisé2.
  • Cela aboutit à une prise de décision plus pertinente7.
  • Elle nous permet de voir les choses du point de vue des autres et de développer l’empathie2.
  • Cela peut nous rendre meilleur dans notre travail, grâce à une meilleure communication, une confiance en soi et un bien-être au travail plus grands4.

Tout cela est encourageant. La conscience de soi peut ainsi améliorer virtuellement n’importe quelle expérience. C’est un outil qui permet de prendre de bonnes décisions. Cependant, comme cette capacité joue un rôle central dans la manière dont on se comprend et dont on interagit avec le monde, tout déséquilibre excessif peut avoir des effets négatifs2 :

  • Obsession pour le regard des autres
  • Anxiété d’évaluation
  • Baisse du bien-être
  • Rumination et dépression
  • Baisse de la motivation intrinsèque

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la conscience de soi n’a pas vocation à être activée en permanence au quotidien. Non seulement parce que les conséquences émotionnelles d’une telle suractivation peuvent être tout à fait néfastes, mais aussi parce qu’on est alors très peu dans l’action. La conscience de soi est d’ailleurs quasiment absente lors des expériences optimales (flow), ce qui souligne l’importance d’une utilisation mesurée de cette capacité.

Au final, ce qui permet de distinguer une conscience de soi constructive d’une conscience de soi contre-productive peut se résumer aux critères suivants :

  • Avoir des standards raisonnables pour soi-même.
  • Être optimiste concernant la possibilité d’atteindre ces standards et penser qu’on peut s’améliorer malgré les obstacles et aussi grâce aux erreurs (état d’esprit) .

 

7 pistes pour améliorer la conscience de soi

Heureusement, nous n’avons pas à nous contenter d’un niveau ou d’une précision donnée de conscience de soi. Celle-ci peut en effet être améliorée avec de l’entraînement2 et ce par de multiples approches.

1. Prendre conscience de son fonctionnement (avec les forces)

Il faut parfois de prendre un temps un peu plus long pour approfondir sa connaissance de soi. L’approche des forces de caractère, positive et constructive, est une excellente manière de faire ce travail. Si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet, vous pouvez explorer les nombreux articles qui traitent des forces sur le blog, ou même télécharger le guide gratuit très complet que je propose ici.

2. Travailler sur le « quoi » et pas sur le « pourquoi »

Lorsqu’on cherche à comprendre notre propre fonctionnement, on pratique généralement l’introspection. Or, celle-ci n’améliore pas systématiquement la conscience de soi. En effet, cette démarche est souvent menée de manière inefficace en se demandant « pourquoi » les choses se passent de telle ou telle manière et « pourquoi » on a eu tel ou tel comportement.

Points d'interrogation de couleur sur tableau noir

Toutefois, comme nous n’avons pas aisément (voire parfois pas du tout) accès à nos motivations inconscientes pour tous nos comportements, nous avons tendance à construire des réponses qui, même si elles nous paraissent justes, ne le sont pas nécessairement. Pire, ce type de questionnement provoque fréquemment des pensées négatives qui altèrent le bien-être.

Là où les causes de nos actions et pensées ne sont pas toujours immédiatement apparentes, simples ou accessibles consciemment, les faits concrets, eux, nous permettent de remonter la piste jusqu’à nos motivations de manière plus rationnelle et aisée. Ainsi, au lieu de se demander « Pourquoi j’échoue si souvent à cette tâche ? » on peut se demander « Dans quelles circonstances est-ce que j’échoue à cette tâche et que puis-je faire pour les changer ? ».

Le mieux est donc de se poser des questions sur le « quoi ». Voici quelques exemples :

  • « Quelles situations me font me sentir mal ? »
  • « Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? »
  • « Que dois-je faire pour améliorer cette compétence ? »

La pratique du journal de bord peut par ailleurs aider à structurer cette démarche.

3. Ajuster ses standards pour qu’ils soient réalistes

Prendre un peu de temps pour réviser ses exigences sur tel ou tel sujet n’est pas non plus une mauvaise idée. Il ne s’agit bien sûr pas de se contenter systématiquement du minimum et de manquer d’exigence envers soi-même. Quel que soit le projet ou le domaine concerné, il est important de chercher à s’améliorer et à apprendre.

Néanmoins, on poursuit parfois des objectifs inaccessibles, ou trop distants pour procurer une sensation de réussite et progresser. Il en va de même pour les standards dans tous les domaines. Parfois, ils sont irréalistes, parfois il est nécessaire de les abaisser temporairement afin de les rendre plus accessibles. On pourra alors rehausser ses exigences au fur et à mesure.

Il est donc toujours utile de remettre en question les standards qui nous mettent en échec permanent. Il faut vérifier s’ils sont toujours pertinents par rapport à nos projets ou nos valeurs. Les nouveaux standards qui résultent de cette réflexion sont souvent tout à fait libérateurs.

4. Développer son autorégulation

Qui dit « conscience de soi et de son comportement » dit nécessairement autorégulation. Développer la première passe donc nécessairement par le travail de la seconde. Si vous souhaitez en savoir plus à ce sujet, je vous invite à lire cet article du blog.

Pour réguler son comportement dans les interactions avec les autres, on peut également pratiquer l’écoute active. Cette pratique consiste simplement à prêter pleinement attention à ce que notre interlocuteur exprime et à se concentrer sur ce dernier plutôt que sur nos pensées et notre dialogue interne. Paradoxalement, en s’écoutant moins, on prend mieux conscience de son fonctionnement habituel. En bonus, on découvre et on apprend ainsi des choses très intéressantes sur les autres et sur le monde.

5. Mettre en œuvre une pratique réflexive

Pour développer la conscience de soi, il est important de se dégager de l’espace et du temps. Instaurer des moments de solitude et intégrer la pratique réflexive à ses semaines peut rapidement apporter de nombreux bénéfices. Si vous souhaitez savoir comment faire le point de manière pertinente et efficace, vous pouvez lire cet article.

6. Développer sa métacognition via les feedbacks

Demander des observations à des proches bienveillants constitue une précieuse source d’information pour développer sa conscience de soi. Qu’il s’agisse d’un retour sur de comportements précis ou d’un feedback plus global, n’hésitez pas à questionner quelques personnes à votre sujet. Il s’agira à la fois de prendre en compte ce que celles-ci vous diront, mais aussi d’observer votre réaction à leur discours. Cette démarche n’implique pas nécessairement de prendre tout les feedbacks pour argent comptant, mais plutôt d’alimenter votre réflexion en croisant les regards. Plus globalement, cela permet de développer la métacognition et donc la conscience de soi.

7. S’appuyer sur les pratiques de l’attention (méditation, relaxation, yoga…)

Le lien entre méditation, pleine conscience et conscience de soi est clairement établi8. En pratiquant ce qu’on nomme plus globalement les pratiques de l’attention, on peut donc développer la dimension qui nous intéresse dans cet article.

En effet, quand on médite, on prête attention à des choses souvent ignorées au quotidien : le moment présent et notre expérience interne. On prend conscience de ses processus de pensée. Par exemple, un programme ayant pour but d’augmenter la conscience de soi à travers des pratiques de méditation et de yoga a ainsi apporté plus d’affects positifs, moins de stress, plus de pleine conscience, une résilience plus grande et une plus grande satisfaction au travail aux participants8.

N’hésitez donc pas à vous essayer à des pratiques de relaxation simples comme le training autogène, à la méditation ou encore au yoga. Vous y gagnerez en connaissance sur votre propre fonctionnement.

 

Conclusions

La conscience de soi, qui peut paraître anodine ou banale, est une dimension essentielle pour être en paix avec soi-même et mieux interagir avec les autres. Que vous cherchiez à gagner en efficacité, à travailler à votre bien-être ou tout simplement à être au clair avec vos valeurs, vos ambitions et vos objectifs, je vous invite fortement à prendre quelques instants pour développer la connaissance de votre propre fonctionnement. Certes, cette démarche n’est pas toujours de tout repos et peut aboutir à de véritables (et saines) remises en questions. Néanmoins, étant donné les bénéfices que vous en tirerez à tous les niveaux, le jeu en vaut la chandelle !

 

Références

  1. Eurich, T. (2018, janvier 4). What self-awareness really is (and how to cultivate it). Harvard Business Review.
  2. Silvia, P. J., & O’Brien, M. E. (2004). Self-Awareness and Constructive Functioning : Revisiting “the Human Dilemma”. Journal of Social and Clinical Psychology, 23(4), 475‑489.
  3. Silvia, P. J., & Duval, T. S. (2001). Objective Self-Awareness Theory : Recent Progress and Enduring Problems. Personality and Social Psychology Review, 5(3), 230‑241.
  4. Sutton, A., Williams, H. M., & Allinson, C. W. (2015). A longitudinal, mixed method evaluation of self-awareness training in the workplace. European Journal of Training and Development, 39(7), 610‑627.
  5. O’Connor, P. J., Hill, A., Kaya, M., & Martin, B. (2019). The Measurement of Emotional Intelligence : A Critical Review of the Literature and Recommendations for Researchers and Practitioners. Frontiers in Psychology, 10, 1116.
  6. Sutton, A. (2016). Measuring the effects of self-awareness : Construction of the Self-Awareness Outcomes Questionnaire. Europe’s Journal of Psychology, 12(4), 645‑658.
  7. Ridley, D. S., Schutz, P. A., Glanz, R. S., & Weinstein, C. E. (1992). Self-Regulated Learning : The Interactive Influence of Metacognitive Awareness and Goal-Setting. The Journal of Experimental Education, 60(4), 293‑306.
  8. Trent, N. L., Borden, S., Miraglia, M., Pasalis, E., Dusek, J. A., & Khalsa, S. B. S. (2019). Improvements in Psychological and Occupational Well-Being in a Pragmatic Controlled Trial of a Yoga-Based Program for Professionals. The Journal of Alternative and Complementary Medicine, 25(6), 593‑605.
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Bastien Wagener

Docteur en psychologie et Maître-praticien PNL, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain!

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