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Quand une bonne nouvelle touche un proche, nous ressentons la plupart du temps des émotions positives comme si la situation nous concernait directement. Cette « empathie du positif » , en plus d’être agréable, apporte bien d’autres des bénéfices, au-delà de ce plaisir momentané. Bien sûr, il arrive également que l’on ressente de la jalousie ou un sentiment d’injustice quand quelqu’un a du succès. Et cela n’est jamais très constructif.

Bien entendu, les scientifiques s’intéressent à l’empathie. Mais celle-ci est majoritairement envisagée sous l’angle des émotions négatives et de la compassion. Aujourd’hui, je vous propose plutôt de voir en quoi ce qu’on appelle « joie empathique » ou « empathie positive » peut nous être bénéfique.

 

Qu’est-ce que la joie empathique ou empathie positive ?

Commençons par un point de vocabulaire. On parle indifféremment de joie sympathique, joie empathique, joie par procuration ou reconnaissante. De manière plus large, c’est le terme d’empathie positive qui est utilisé. Quel que soit le mot employé, il fait référence à notre capacité à partager, célébrer et apprécier les émotions positives des autres1. Quand on fait preuve d’empathie positive, on adopte la perspective d’autrui et on ressent alors la joie ou le bonheur qu’il éprouve2. Cela est à la fois une capacité qu’on peut développer et une tendance plus ou moins forte à réagir positivement à l’expression d’émotions positives chez une tierce personne3.

L’empathie positive n’est toutefois pas limitée à nos proches. Le fait d’imaginer, de se rappeler, d’observer ou d’apprendre que les autres ont eu des résultats positifs peut déclencher cette empathie. Elle peut dès lors être vécue1 :

  • En tant qu’observateur non impliqué (ex :voir quelqu’un gagner à la loterie).
  • Lorsqu’on interagit avec les autres (ex : apprendre une bonne nouvelle pour quelqu’un en étant en sa présence).
  • En créant une expérience positive pour quelqu’un d’autre (ex : offrir un cadeau).

La joie empathique n’est donc pas limitée au proches et peut concerner des personnes très distantes, réelles ou fictives, des individus ou des groupes1.

Bien entendu, il peut-être difficile de ressentir cette joie empathique, surtout si on se sent menacé ou malheureux. En clair, les émotions négatives peuvent diminuer notre capacité à partager la joie des autres. On peut passer à côté de cette joie par procuration lorsqu’on souhaite fortement que le positif nous concerne directement.

Qu’est-ce qui différencie l’empathie positive de l’empathie négative ?

Quelle que soit la valence de l’empathie, les fondamentaux restent les mêmes. C’est pourquoi il existe un lien3 et une corrélation – modérée1 – entre l’empathie positive et négative. De même certaines émotions stimulent plus l’empathie que d’autres. On ne réagira pas nécessairement de manière similaire à de la joie, de la colère, de la honte ou du soulagement en termes d’intensité émotionnelle3.

Mais là ou l’empathie positive se distingue, c’est dans sa capacité à favoriser les comportements prosociaux d’approche. Quand on éprouve de l’empathie positive, on cherche en effet à notre tour à favoriser l’émergence d’émotions positives chez les autres (par exemple via des actes de bonté fortuits)4. L’empathie négative génère quant à elle plus fréquemment un comportement de désarroi ou d’évitement4.Résumé des différences entre empathie négative et empathie positive

En clair, on peut différencier l’empathie positive et l’empathie négative en fonction de leurs effets4 :

  • Des comportements et motivations d’approche dans le cas du positif ou des comportements et motivations d’évitement dans le cas du négatif.
  • Quand on éprouve de l’empathie positive, on encourage les autres à grandir, à tester de nouvelles choses et à atteindre leurs objectifs.

Il faut toutefois noter que les deux types d’empathie sont importants et contribuent à la qualité des relations.

Aspect neurologique

L’empathie sollicite d’une manière importante la mémoire de travail et les lobes frontaux, quel que soit son type. Néanmoins, il faut souligner que l’empathie positive sollicite des réseaux de neurones bien plus larges que l’empathie négative5.

Plus généralement, c’est le circuit de la récompense qui est stimulé lors d’une expérience de joie empathique6. Il comprend les zones suivantes :

  • Le cortex préfrontal ventromédian (VMPFC), impliqué dans l’évaluation de la valeur subjective et la prise de décision.
  • L’amygdale, qui gère les aspects émotionnels de la récompense.
  • L’accumbens nucleus (toutefois moins actif dans la récompense par procuration que dans la récompense directe).
  • Les neurones miroirs3.

Enfin, même si une partie des circuits neuronaux impliqués sont communs, le fait d’avoir de l’empathie pour les émotions positives ou pour les émotions négatives des autres correspond à des schémas d’activation neurologiques distincts, différents aspects de la personnalité, des comportements sociaux et des émotions différenciés4.

 

Les bénéfices de l’empathie positive

Éprouver de l’empathie, que ce soit vis-à-vis d’émotions négatives ou positives, est une composante essentielle de nos interactions sociales. Mais quel est l’intérêt précis lié à la joie empathique, au-delà du positif ressenti et du plaisir qu’elle procure ? La recherche nous donne quelques éléments de réponse :

  • Activation du circuit de la récompense dans le cerveau6, avec tous les bénéfices que cela implique (plaisir, apprentissages, etc.).
  • Une plus grande satisfaction dans la vie et davantage de bonheur7,1.
  • La volonté d’aider les autres et une plus grande probabilité de passer à l’action3,4.
  • De meilleures relations et plus de connexions sociales : proximité, confiance, satisfaction augmentée pour la relation concernée par l’empathie positive8,1.
  • Quand les enseignants font preuve d’empathie positive, cela aboutit à de meilleurs résultats académiques pour les étudiants2.
  • Une plus grande satisfaction au travail9 (alors qu’un plus haut niveau dispositionnel d’empathie négative est associée à des burnouts plus fréquents – notamment dans les métiers du soin).
  • Résumé sous forme d'icônes des effets de l'empathie positiveDavantage de comportements prosociaux (ex : dépenser pour les autres, fournir un soutien émotionnel, comportements d’aide, générosité, etc.)1,4.
  • Une plus grande motivation à maintenir une humeur positive, ce qui favoriserait à son tour les comportements prosociaux et provoquerait des émotions positives3.

En clair, l’empathie positive peut aider à capitaliser sur les réussites et à offrir un soutien pour se développer, ce qui est essentiel pour le bien-être. L’empathie négative est quant à elle plus focalisée sur le fait de soutenir autrui en cas de coup dur et de lui faire savoir qu’on est là pour l’aider à aller mieux8. Cependant, gardez à l’esprit que les deux types d’empathie sont indispensables. Aussi, plutôt que de chercher à faire baisser son niveau d’empathie négative, il vaut mieux chercher à cultiver son empathie positive.

 

Comment cultiver l’empathie positive

Même si l’empathie positive dépend en partie de la personnalité1 (aspect « dispositionnel »), elle varie également en fonction des contextes et du travail qu’on peut faire dans ce domaine. D’une manière générale, sachez que l’empathie peut toujours se cultiver.

Pour ce faire, il existe de nombreuses pistes. En voici quelques-unes :

  • Si vous aimez le sport, tentez de regarder une compétition sans prendre parti. Appréciez l’effort, les compétences ou l’habilité de tous les compétiteurs. Célébrez et partagez la joie de celui qui gagne.
  • Capitalisez sur les événements positifs des autres. Quand des gens proches de nous nous parlent de quelque chose de positif qui leur est arrivé, cela peut nous rapprocher d’eux. Pour œuvrer en ce sens, félicitez la personne concernée, posez lui des questions constructives en lien avec l’événement concerné (ex : « De quoi es-tu particulièrement fière ou satisfait ? ») et explorez avec elle les effets bénéfiques que cela a sur sa vie.
  • Travaillez sur la jalousie. Pour atténuer cette dernière, chercher les éléments positifs dans votre vie et développez la compassion envers vous-même. Cependant, il peut parfois être pertinent d’utiliser la jalousie comme une source de motivation pour progresser. Mais je ne vous conseille pas de vous appuyer largement sur celle-ci au quotidien.
  • Ecrivez une lettre de compassion envers vous-même.
  • Pratiquer la méditation d’amour bienveillant ou de bonté.
  • Laissez quelqu’un faire quelque chose de gentil pour vous. En effet, en faisant attention à la joie de celui qui fait quelque chose pour nous, cela développe notre empathie positive. Parfois, le fait d’être mal à l’aise avec le fait de recevoir de petites attentions ou la peur d’être un fardeau pour les autres nous empêche de repérer cette joie.

Ce qui peut bloquer l’empathie positive

Bien sûr, cultiver ce type d’empathie n’est pas toujours chose aisée. Elle requiert davantage de processus mentaux que d’autres activités ou que l’empathie négative. Elle nécessite plus d’efforts, et reste évidemment plus complexe que le fait de ressentir ses propres émotions.

Ce sont d’ailleurs souvent nos propres émotions qui font barrage à cette joie empathique. Par exemple, quand on est anxieux, notre capacité à ressentir de l’empathie positive est réduite.

Enfin, si on cherche à être empathique vis-à-vis de personnes ne faisant pas partie de notre groupe social, les choses sont plus difficiles. On a moins de facilités à adopter leur perspective, et il faut donc fournir davantage d’efforts conscients pour ressentir de l’empathie à leur endroit.

L’ouverture à l’autre via l’humilité intellectuelle, le travail sur la gestion du stress et le recul vis-à-vis de nos propres émotions sont ainsi autant d’approches pertinentes pour lever les freins à l’empathie positive.

 

Conclusions

Ressentir des émotions positives ouvre nos horizons, favorise la créativité, la capacité à résoudre des problèmes et la qualité de nos relations. Alors autant s’appuyer sur les joies des autres pour ressentir davantage de positif au quotidien. C’est non seulement une excellente manière de cultiver les amitiés et toutes nos relations, mais aussi un moyen d’alimenter notre épanouissement et notre satisfaction dans la vie. N’hésitez donc plus à pas partager vos bonheurs aux autres et à rester à l’affut de leurs réjouissances !

 

Références

Voir les références
  1. Morelli, S. A., Lieberman, M. D., & Zaki, J. (2015b). The Emerging Study of Positive Empathy : Positive Empathy. Social and Personality Psychology Compass, 9(2), 57‑68.
  2. Pittinsky, T. L., & Montoya, R. M. (2016). Empathic Joy in Positive Intergroup Relations : Empathic Joy. Journal of Social Issues, 72(3), 511‑523.
  3. Telle, N.-T., & Pfister, H.-R. (2016). Positive Empathy and Prosocial Behavior : A Neglected Link. Emotion Review, 8(2), 154‑163.
  4. Andreychik, M. R., & Lewis, E. (2017). Will you help me to suffer less? How about to feel more joy? Positive and negative empathy are associated with different other-oriented motivations. Personality and Individual Differences, 105, 139‑149.
  5. Taiwo, Z., Bezdek, M., Mirabito, G., & Light, S. N. (2021). Empathy for joy recruits a broader prefrontal network than empathy for sadness and is predicted by executive functioning. Neuropsychology, 35(1), 90‑102.
  6. Morelli, S. A., Sacchet, M. D., & Zaki, J. (2015). Common and distinct neural correlates of personal and vicarious reward : A quantitative meta-analysis. NeuroImage, 112, 244‑253.
  7. Zeng, X., Liao, R., Zhang, R., Oei, T. P. S., Yao, Z., Leung, F. Y. K., & Liu, X. (2017). Development of the Appreciative Joy Scale. Mindfulness, 8(2), 286‑299.
  8. Andreychik, M. R. (2017). I like that you feel my pain, but I love that you feel my joy : Empathy for a partner’s negative versus positive emotions independently affect relationship quality. Journal of Social and Personal Relationships, 36(3), 834‑854.
  9. Andreychik, M. R. (2019). Feeling your joy helps me to bear feeling your pain : Examining associations between empathy for others’ positive versus negative emotions and burnout. Personality and Individual Differences, 137, 147‑156.

Bastien Wagener

Docteur en psychologie et Maître-praticien PNL, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain!

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