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Même avec la planification la plus approfondie et la plus rigoureuse du monde, l’imprévu viendra toujours jouer les troubles-fêtes. Certains obstacles remettront en cause l’intégralité d’un projet, là où d’autres ne représenteront que de légers contretemps. Tout ceci ne dépend d’ailleurs pas uniquement de faits objectifs. Notre perception joue en effet un rôle primordial dans l’appréhension des difficultés rencontrées. Pire, il nous arrive parfois même de confondre faits anodins et véritables signaux d’alerte.

En réalité, il nous revient toujours de décider de l’importance qu’on accorde à tel ou tel événement. Bien anticiper et gérer les obstacles requiert donc de la discipline et une justesse d’analyse, afin de distinguer les faits des impressions liées aux idées reçues, aux attentes ou aux peurs.

Voyons comment faire ce travail pour mieux appréhender les difficultés qui ne manquent jamais de survenir lorsqu’on se lance dans un projet.

 

Développer l’objectivité

Dans les projets qui nous tiennent à cœur, les obstacles peuvent nous rendre émotifs. La perception des faits réels se confond alors avec les appréhensions et les peurs, qui, si elles sont légitimes, n’en déforment pas moins la réalité. Chercher à développer l’objectivité ne revient cependant pas à nier les émotions. Il s’agit plutôt de ne pas les laisser décider à notre place. Le ressenti émotionnel lié au problème rencontré n’a pas nécessairement à se transformer en gestion émotionnelle de celui-ci.

L’idée est donc d’observer les choses telles qu’elles sont. On se concentrera sur les faits, en retirant interprétations, jugements de valeur et ego de l’équation. Ceci n’est bien sûr pas toujours simple ou immédiatement réalisable. C’est pourtant une étape indispensable pour envisager de nouvelles options et dépasser les blocages. Et cela implique de faire la distinction entre ce qu’on peut contrôler, et ce qui est indépendant de notre volonté.

Identifier ce qu’on contrôle et ce qui nous échappe

Penser que nous pouvons tout maîtriser est, après tout, plutôt extravagant. Reconnaître cette part incontrôlable des choses ne revient toutefois pas de se dédouaner de ses propres erreurs. Il s’agit plutôt de se concentrer sur ce qui dépend de nous, tout en prenant acte de ce qui nous échappe. Les imprévus et les obstacles surviendront quoi qu’il arrive. Il ne sert pas à grand chose de se plaindre de la météo, d’un retournement du marché, d’une pandémie qu’on ne pouvait pas prévoir. Certes, il faut pouvoir exprimer ses émotions, mais une fois celles-ci évacuées, s’y abandonner n’apportera pas de solutions au problème rencontré.

In fine, se concentrer exclusivement sur ce qui dépend de nous augmente nos capacités à agir. En effet, tout dépense d’énergie dirigée vers des choses que l’on ne peut pas influencer est du gâchis. En ayant un rapport plus serein à l’imprévu et plus juste vis-à-vis de nos propres manquements, on s’offre des marges de manœuvre bien plus grandes.

Une question de perception

N’importe quel obstacle, anticipé ou imprévu, est une question de perception. C’est la manière dont on l’appréhende qui lui donne son importance. Évidemment, la perte d’un financement, d’une relation qui compte ou la survenue d’un événement problématique peuvent objectivement faire obstacle à l’avancement d’un projet. Mais il existe des alternatives pour contourner les problèmes dans l’écrasante majorité des cas. Parfois, il suffira d’accepter de repousser l’achèvement d’un projet de quelques mois. Peut-être même faudra-t-il réajuster l’objectif initial que l’on s’était fixé. Les solutions existent, mais encore faut-il pouvoir les percevoir.

En se décourageant, on ne voit ainsi plus le problème qui se pose avec objectivité. Il devient le centre de l’attention, un centre de gravité qui peut nous happer. Grâce à un travail sur la perception des événements, on peut éviter d’alimenter ou de renforcer un obstacle. Je vous propose de découvrir quelques pistes pour ce faire.

 

Gérer les obstacles au moment où ils émergent

Afin de bien gérer les obstacles au moment où ceux-ci surviennent, il faut commencer par se doter d’outils adaptés. C’est ce qui permet de désamorcer plus aisément les situations problématiques.

1. Prendre de la hauteur

Comme suggéré en début d’article, le fait de prendre du recul est une démarche indispensable dans le cadre qui nous intéresse ici. La pratique réflexive, qui permet d’avoir une vision plus complète de la situation, est un outil tout à fait approprié dans ce cas. Elle permet de regarder les obstacles sous un angle différent et de s’en détacher émotionnellement.

Pour mettre en œuvre cette réflexivité quand on rencontre une difficulté, on peut commencer par se poser les questions suivantes :

  • Qu’est-ce que je choisis de ne pas voir en ce moment ?
  • Qu’est-ce que je rate dans ma vision des choses, qu’est-ce qui me passe à côté ?
  • Est-ce que l’obstacle que je rencontre est la cause de mon problème, ou bien est-ce la perception que j’en ai ?
  • Quelles sont les opportunités que m’offrent cet obstacle ?

L’idée derrière toute démarche réflexive est de se « décoller » de la situation, de prendre de la hauteur. On se concentre sur les faits, le présent et non sur ce qu’un obstacle représente ou signifie pour nous. Ces derniers points apportent certes des informations intéressantes, mais cela peut installer un cadre de réflexion rigide qui limite nos horizons.

2. Adopter le point de vue d’une personne extérieure au problème

Une autre approche permettant de se décentrer consiste à envisager la situation comme si elle concernait un proche. Dans ce cas, on voit bien souvent les choses avec beaucoup plus d’objectivité et de bienveillance. On envisage également souvent des solutions différentes, qui échappent à la personne concernée. Il peut donc être utile d’adopter la posture d’une personne réelle de notre entourage (ou d’une personne qui nous inspire) pour analyser la situation problématique rencontrée.

Obstacle représenté par un mur face aux trois pistes pour les dépasser représentées par des icônes

3. L’approche créative

Il est aussi très intéressant de faire appel à la créativité pour recadrer les problèmes et réfléchir à des solutions pour dépasser les difficultés. L’outil du réseau d’abstraction peut aider à faire ce travail, comme tout ce qui permet plus largement de stimuler la créativité.

En utilisant cette compétence que nous avons tous, on trouve d’autres voies qui évitent d’attaquer frontalement le problème qui se pose. Utiliser la force brute n’est en effet pas toujours la meilleure solution. En s’appuyant sur la résolution créative de problème, une difficulté peut se transformer en catalyseur pour mieux avancer, et être source d’adaptations constructives. Les obstacles éclairent ainsi souvent de nouvelles voies, tout à fait intéressantes.

 

Faire un travail de fond en développant la résilience

Réussir à gérer les difficultés est une compétence à l’utilité immédiate, mais cela développe également des capacités à long-terme. Faire l’expérience d’échecs, de difficultés et d’obstacles tout en réussissant à s’en relever permet de construire la résilience. Cette notion correspond au fait d’être capable de redémarrer après des échecs significatifs, et de sortir relativement indemne – voire plus fort – de situations difficiles. Elle se caractérise par une adaptation efficace en dépit d’épreuves, ou de pertes significatives. C’est une capacité à « rebondir » face à des expériences stressantes1.

Être résilient change notre perception des événements. Les stresseurs imminents sont alors envisagés comme des défis à relever plutôt que comme des menaces débilitantes. C’est ce qui permet de réagir de manière plus pertinente.

Développer sa résilience par temps calme

Pour être en mesure de mieux encaisser les difficultés qui ne manquent pas de survenir, il convient donc de profiter des périodes de calme pour développer notre capacité de résilience. Cela passe par l’élargissement de notre zone de confort. Plus cette dernière est grande, est plus on dispose de facultés d’adaptation.

Pour ce faire, on peut travailler sur la volonté au quotidien, en se fixant des micro-défis régulièrement. Un des pionniers de la psychologie, William James, parlait déjà de l’intérêt d’une telle approche dès la fin du 19e siècle2 :

« Maintenez vivante en vous la faculté de faire des efforts par quelque exercice simple, quotidien et gratuit. C’est-à-dire soyez systématiquement ascète ou héros sur des détails mineurs et non nécessaires, faites chaque jour ou presque une chose pour la seule raison que vous ne voudriez pas la faire, si bien que lorsque l’heure de la nécessité incontournable viendra, vous ne vous trouverez pas dépourvus de courage ni d’entraînement pour faire face à l’épreuve »

(Précis de psychologie, p.104)2

 

Ainsi, faire de petits efforts régulièrement dans un domaine particulier peut provoquer des effets positifs en cascade. En travaillant de la sorte, on peut améliorer son alimentation, son activité physique, ses finances ou sa gestion du temps de manière indolore ou presque3,4,5. Exercer ainsi sa volonté quotidiennement permet de développer sa résilience, et d’augmenter sa zone de confort. Mieux encore, ceci libère des ressources créatives pour mieux faire face aux difficultés6.

Enfin, sachez qu’il est aussi possible de développer cette capacité en cultivant les émotions positives. Ceci peut passer par le travail sur les forces, la méditation, ou tout activité qui génère du bien-être.

 

Anticiper les aux obstacles

Au-delà du travail global qui permet de se construire des réserves, il est évident qu’il est également indispensable de préparer le terrain pour anticiper les obstacles spécifiques à chaque projet. Ici aussi, plusieurs approches complémentaires existent.

1. Disposer d’un plan clair

Pour avancer sur un projet, il faut déjà commencer par définir un cap. Le travail de planification en amont, lorsqu’il est bien mené, permet également d’anticiper un maximum d’obstacles prévisibles et d’élaborer des stratégies pour les désamorcer.  On pourra même aller plus loin en réfléchissant aux événements moins probables. On rentre alors dans une véritable gestion des risques.

2. Se focaliser sur le processus plus que sur la finalité

Dans un projet, le processus compte toujours plus que la finalité. C’est lui qui apporte l’essentiel en termes d’enseignement, l’aboutissement n’étant qu’une conséquence naturelle du travail effectué. Celui qui veut être en capacité de se focaliser sur le processus doit ainsi commencer par découper son projet en sous-objectifs afin de disposer de buts faciles à appréhender mentalement.

Ensuite, pour avancer avec efficacité, on peut adopter l’approche du timeboxing, qui consiste justement à privilégier la focalisation sur les actions en cours plutôt que sur une grande ambition lointaine. En effet, passer son temps à contempler l’objectif final peut parfois générer plus de stress que de motivation. En faisant confiance au processus et en prenant les choses dans l’ordre, on progresse en réalité plus vite, en évitant un certain nombre d’obstacles.

3. Prendre du recul régulièrement

Nous l’avons vu, face aux obstacles, le fait de prendre du recul est salutaire. Mais plutôt que d’attendre d’en avoir un besoin impérieux, on peut également instaurer une pratique réflexive régulière. On anticipera alors mieux les difficultés et on tirera toutes les leçons du travail accompli. Cela évitera aussi de s’engager dans des impasses en les identifiant en amont.

Je vous invite donc à vous fixer des points d’étape et des bilans réflexifs toutes les semaines ou tous les mois. Un tel rythme vous permettra d’ajuster vos processus de travail à la réalité du terrain et de vous préparer aux des zones de turbulences à venir.

 

Conclusions

Quels que soient vos projets ou vos compétences, vous rencontrerez des obstacles. Ce qui distingue ceux qui les dépassent de ceux qui s’y arrêtent vient à la fois de la préparation en amont, mais aussi de la capacité à voir au-delà de ceux-ci. Il faut réussir à penser en dehors du cadre qu’ils cherchent à imposer, en restant souple et en acceptant que tout n’est pas sous notre contrôle. Il y a différentes manières d’aller d’un point A à un point B en dehors de la ligne droite. L’important est d’arriver à destination. On perd malheureusement souvent du temps et de l’énergie à rechercher la solution parfaite, alors qu’il existe de nombreuses possibilités sous nos yeux.

Pensez donc « progrès » , et non perfection. En prenant de la hauteur, les obstacles se désagrègent. Ils ne sont alors perçus que comme des événements normaux et naturels, auquel il est possible de trouver des solutions.

On ne maîtrise pas le monde et l’environnement. Il y aura toujours une part relevant de l’incontrôlable, des caprices des événements dans vos projets. Il faut composer avec cette matière première. À chaque fois, on apprend quelque chose, on développe de nouvelles forces, de la sagesse, des perspectives. On construit sa résilience et sa capacité à gérer les obstacles. Et avec le bon état d’esprit et l’analyse juste de ce qui se produit sur notre route, on trouve toujours une voie pour avancer.

 

Références

  1. Tugade, M. M. Émotions positives et coping : examen des modèles de résilience à double processus. in Traité de psychologie positive (eds. Martin-Krumm, Charles & Tarquinio, C.) 383–402 (De Boeck, 2011).
  2. James, W. Précis de psychologie. (Empêcheurs de penser en rond, 2003).
  3. Oaten, M. & Cheng, K. Improved Self-Control: The Benefits of a Regular Program of Academic Study. Basic Appl. Soc. Psychol. 28, 1–16 (2006).
  4. Oaten, M. & Cheng, K. Improvements in self-control from financial monitoring. J. Econ. Psychol. 28, 487–501 (2007).
  5. Oaten, M. & Cheng, K. Longitudinal gains in self-regulation from regular physical exercise. Br. J. Health Psychol. 11, 717–733 (2006).
  6. Clear, J. Un rien peut tout changer !. (Larousse, 2019).
  7. Holiday, R. L’obstacle est le chemin. (Alisio, 2018).
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Bastien Wagener

Docteur en psychologie et Maître-praticien PNL, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain!

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