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Quand on n’est pas pleinement épanoui au travail, cela n’est pas forcément l’indication qu’il est temps de changer complètement de profession. Un recadrage de ce que l’on fait au quotidien peut tout a fait nous offrir une nouvelle perspective sur notre emploi et redonner du sens à nos journées.

Cette démarche est ce qu’on appelle le « job crafting » . Cela correspond au fait d’être proactif et de chercher à remodeler son activité professionnelle à son image, sans pour autant changer de poste.

Dans cet article, je vous propose 4 approches différentes mais complémentaires pour faire du job crafting.

 

La démarche du job crafting

Le job crafting est une démarche qui a été théorisée et développée par les chercheuses Amy Wrzesniewski et Jane Dutton en 20011. Elle permet à toute personne de transformer son occupation principale afin de l’aligner avec sa personnalité et ses préférences. Exception faite de rares cas minoritaires, nous disposons tous de marges de manœuvre pour personnaliser la manière dont nous exerçons notre métier. L’objectif est ici d’aligner son emploi avec ses forces, motivations et passions tout en excellant dans ses tâches professionnelles2.

Le job crafting s’articule autour de 3 leviers, qui s’appuient sur les ressources et les exigences de l’environnement de travail1,3 :

  • Personne travaillant à un bureau simple en boisModification des tâches. On va chercher à changer certaines tâches effectuées, à les réorganiser, à en abandonner ou à en intégrer d’autres.
  • Travail sur les relations. Ici, le but est de modifier la manière dont on interagit avec les collègues, clients, supérieurs, ou autres individus qu’on est amené à rencontrer au travail. Cela afin de créer de meilleures relations et de donner du sens à ce que l’on fait (en apprenant à mieux connaître le métier des collègues, ou les besoins des clients par exemple).
  • Changement cognitif (perspective). Il s’agit pour ce dernier levier d’effectuer un recadrage et de transformer le point de vue que l’on adopte sur les tâches qui constituent l’essence même de notre profession. Cela peut mener à la transformation d’un travail besogneux en noble quête.

Comme j’ai consacré un article complet au fonctionnement, aux effets et aux limites du job crafting, je ne vais pas détailler plus avant ce concept ici. Si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à cliquer sur ce lien.

Notez enfin que le job crafting peut s’appliquer à n’importe quel « métier ». Ainsi, si vous êtes étudiant, parent au foyer ou bénévole dans une association, cette démarche peut également vous aider à remettre du sens dans votre activité.

 

Quelques pistes pour démarrer un processus de job crafting

Passons de la théorie à la pratique. Si le job crafting vous intéresse, sachez qu’il n’existe pas de recette toute faite, universelle, qui conviendrait à n’importe quel individu. On peut néanmoins dégager quelques pistes pour lancer ce processus.

 

1. La méthode du job crafting en 5 étapes

La première approche nous vient des chercheurs à l’origine du concept4. Leur méthode se déroule selon les 5 étapes suivantes.

A. L’état des lieux : le diagramme « avant »

On démarre par la réalisation du diagramme de la situation actuelle. Cela permet de faire le point sur les tâches professionnelles et le temps qu’on consacre à chacune d’entre elles. On commence donc logiquement par lister celles-ci, puis on les sépare en trois catégories :

  • celles qui nécessitent un temps, une énergie et une attention élevées ;
  • celles qui ne nécessitent que peu de temps d’énergie et d’attention ;
  • et enfin celles qui se situent entre ces deux extrêmes.

On inscrit ensuite chaque tâche dans un bloc de plus ou moins grande taille en fonction des critères précédents. On peut dès lors créer le diagramme « avant » avec toutes les tâches ordonnées, des plus exigeantes aux moins exigeantes. Pour faciliter la suite de votre travail, n’hésitez pas à utiliser des post-it si vous fonctionnez en mode papier-crayon.

Exemple de diagramme "avant" de la méthode de job crafting de Berg et al. (2007)

B. La cartographie personnelle

Cette deuxième étape consiste à lister les 3 types d’éléments plus personnels qui vont nous servir à réaliser le nouveau diagramme de notre emploi :

  • Valeurs. On liste 2 à 4 résultats ou buts qui représentent ce qu’il y a de plus important pour nous dans notre vie professionnelle (ex : apprendre, bien gagner sa vie, être autonome, trouver du sens à ce que l’on fait, etc.).
  • Forces. L’objectif est ici d’identifier 2 à 4 capacités, compétences, caractéristiques ou talents qui nous sont propres et qui pourraient nous êtres utiles professionnellement.
  • Passions. Pour terminer, on va chercher 2 à 4 activités ou sujets qui nous intéressent profondément au travail. Il est aussi possible d’intégrer des passions provenant de nos loisirs dans son travail (si c’est pertinent). Ces passions correspondent à des activités pour lesquelles on perd facilement la notion de temps.

C. Revisiter les tâches

En reprenant le premier schéma, on va sélectionner toutes les tâches qu’on doit ou qu’on souhaite inclure dans son travail. Ici aussi, on va créer des blocs plus ou moins grands en fonction du temps et de l’énergie qu’on souhaite consacrer à chaque tâche à l’avenir. Dans l’idéal, ceci doit être basé sur le degré de contribution de la tâche à la réalisation d’une valeur, à l’utilisation d’une force ou à la poursuite d’une passion. Vous pouvez également ajouter ou supprimer des tâches si c’est possible dans votre profession actuelle.

Pour chaque tâche, indiquez enfin si des individus ou des groupes peuvent y être associés ou en bénéficier (cela ne sera bien sûr pas possible pour toutes les tâches).

D. Le diagramme « après »

Une fois que vous disposez de tous vos « blocs » ou post-it (tâches, valeurs, forces et passions), rassemblez-les en fonction des rôles que vous identifiez pour votre job. Un rôle est un cadre cognitif qui permet de décrire ce qu’un ensemble de tâches en interaction permet d’accomplir.

Ces rôles sont ceux que vous souhaitez jouer au travail. Toutes les tâches ne seront pas nécessairement comprises dans un rôle, et certaines d’entre elles peuvent être présentes dans plusieurs rôles. De même, certains rôles peuvent partager des valeurs, forces ou passions.

Exemple de diagramme "après" de la méthode de job crafting de Berg et al. (2007)

E. Plan d’action

Une fois votre nouveau diagramme réalisé, il faudra passer à l’action pour le mettre en œuvre. Identifiez 3 actions que vous comptez réaliser pour concrétiser votre nouvelle vision dans la prochaine semaine, et 3 autres que vous comptez accomplir dans le mois à venir.

Identifiez également des personnes qui peuvent vous aider dans cette démarche.

En résumé

Comme vous avez dû le remarquer, cette démarche intègre à la fois le crafting cognitif (notamment via les rôles), le crafting des tâches et le crafting relationnel. Bien sûr, la méthode complète est bien plus détaillée ce que j’ai pu présenter ici. Vous devriez toutefois pouvoir vous lancer dans le job crafting si vous respectez l’esprit de la démarche, en vous aidant notamment des deux illustrations ci-dessus.

 

2. 12 questionnements pour vous aider à remodeler votre emploi

Pour remodeler son poste actuel, on peut aussi plus simplement se lancer dans un questionnement réflexif sans concessions. Voici quelques questions à vous poser pour remodeler votre emploi :

  1. Quelles sont mes forces ? Comment ajuster mes efforts pour y faire appel dans mon travail ?
  2. Quelles relations sont à privilégier ? Quelles relations sont à réduire ?
  3. Comment mettre en perspective les tâches que j’effectue au quotidien ? À quoi servent-elles ? À quelle grande cause contribuent-elles ? Par exemple un barista peut recadrer ses tâches quotidiennes en passant de « je prépare du café » à « je fais quelque chose qui apporte de la joie aux gens et de l’énergie pour démarrer leur journée » .
  4. Que puis-je apprendre ou gagner à faire les tâches que j’ai à faire ?
  5. Qu’est-ce que j’aimerais changer, conserver, supprimer dans tous les aspects de mon travail ?
  6. Comment puis-je me rendre utile ?
  7. À quoi ressemblerait ma fiche de poste idéale ?
  8. Comment améliorer mes relations au travail ?
  9. Comment font les autres personnes qui ont un poste similaire au mien ?
  10. Qu’est-ce qui me donne de l’énergie ? M’en coûte ?
  11. Quelles compétences pourrais-je développer au travail ?
  12. Quel rôle(s) pourrais-je jouer dans mon équipe ?

Et pour terminer : Quelle petite chose simple pourrais-je faire dès aujourd’hui pour transformer mon travail ?

Évidemment, pour que ceci porte pleinement ses fruits, il faudra également planifier un passage à l’action. C’est toute l’idée de la dernière question.

Enfin, si vous souhaitez adopter une démarche un peu plus structurée tout en vous attelant à ces questions, je vous invite à respecter le cycle complet de la pratique réflexive.

 

3. Partir de ses forces et les mettre en œuvre

Pour savoir comment être plus épanoui et plus efficace au travail, il convient de bien se connaître. Identifier ses forces peut être une excellente manière de procéder. Pour ce faire, vous pouvez télécharger le guide des forces que je propose gratuitement sur le site. Cela peut être un point de départ très pertinent pour amorcer une réflexion, mais aussi pour commencer à agir.

Les 24 forces de caractère du VIA

 

4. D’autres pistes pour agir sur son environnement professionnel

Travailler sur son environnement physique est aussi une piste pour accompagner et soutenir le job crafting. En effet, changer la manière dont on travaille passe bien souvent par une réorganisation de son poste et de son agencement. Pour découvrir plus en détail comment cela nous influence au quotidien, je vous invite à écouter le podcast ci-dessous. Pour plus d’informations sur les sources citées dans celui-ci, vous pouvez consulter la page consacrée à l’épisode.

Ce podcast est un peu particulier, puisqu’il s’agit d’un chapitre de mon livre « Plus efficace et plus heureux » . Livre qui développe par ailleurs de nombreuses pistes pour envisager les choses différemment, que ce soit au travail ou à la maison.

 

Conclusions

L’approche du job crafting est une démarche fondée et validée scientifiquement, qui a fait la preuve de son efficacité. Bien entendu, il existe de nombreuses manières de réfléchir à son activité professionnelle et de retrouver du sens au travail. L’amélioration proactive de la satisfaction et de l’épanouissement professionnel n’est donc pas restreinte à cette pratique. Vous avez d’ailleurs déjà probablement plusieurs fois ajusté votre travail au cours de votre carrière professionnelle, et ce, plus ou moins consciemment. Cela reste néanmoins assez superficiel pour la plupart d’entre nous. Avec le job crafting, l’idée est de passer à l’étape supérieure. C’est certes plus exigeant, mais cela peut s’avérer bien plus « payant » à la fin, tant en termes d’épanouissement que d’évolution professionnelle.

Au cours de cette démarche, il arrive parfois qu’on aboutisse à un constat sans appel : notre poste ne nous convient plus, peu importe le « crafting » que l’on pourrait effectuer. Il peut alors être temps de changer d’entreprise, de poste, voire même de carrière. Le travail amorcé avec l’exercice du job crafting n’aura toutefois pas été vain, puisqu’il donne déjà de très nombreuses pistes pour identifier les prochaines étapes de sa vie professionnelle. Un outil comme l’ikigai pourra alors vous aider à aller plus loin, tout comme d’autres approches.

Aujourd’hui plus que jamais auparavant, nous sommes tous amenés à nous poser des questions sur notre travail, notre carrière, et le sens que nous y trouvons. Alors, plutôt que de subir le changement et de le vivre difficilement, autant le prendre en main grâce au job crafting !

 

Références

  1. Wrzesniewski, A., & Dutton, J. E. (2001). Crafting a Job : Revisioning Employees as Active Crafters of Their Work. The Academy of Management Review, 26(2), 179.
  2. Wrzesniewski, A., Berg, J. M., & Dutton, J. E. (2010). Managing Yourself : Turn the job you have into the job you want. Harvard Business Review, 88(6), 114‑117.
  3. Berg, J. M., Wrzesniewski, A., & Dutton, J. E. (2010). Perceiving and responding to challenges in job crafting at different ranks : When proactivity requires adaptivity. Journal of Organizational Behavior, 31(2‑3), 158‑186.
  4. Berg, J. M., Dutton, J. E., & Wrzesniewski, A. (2013). Job crafting and meaningful work. In B. J. Dik, Z. S. Byrne, & M. F. Steger (Éds.), Purpose and meaning in the workplace. (p. 81‑104). American Psychological Association.

Bastien Wagener

Docteur en psychologie et Maître-praticien PNL, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain!

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