fbpx

Difficile d’apprendre ou de d’échanger sur un sujet quand on est persuadé d’avoir raison sur tout, envers et contre tout. Celui qui manque d’humilité intellectuelle, de capacité à entendre les arguments d’autrui et à les considérer n’est souvent pas des plus agréables à fréquenter. Bien entendu, douter de tout en toutes circonstances n’est pas non plus souhaitable. Mais pour continuer de progresser, surtout à une époque où l’information est abondante et évolue très vite, un peu d’humilité n’est pas une mauvaise chose.

 

Qu’est-ce que l’humilité intellectuelle ?

L’humilité est discutée depuis bien longtemps par les philosophes, mais étudiée depuis peu par les scientifiques. C’est d’ailleurs plus particulièrement l’humilité intellectuelle qui fait l’objet de mesures et d’évaluations. Celle-ci correspond à la volonté de reconnaître l’incomplétude de ses propres connaissances ainsi qu’au fait de valoriser l’intellect des autres1.

On peut découper cette dimension en 4 sous-composantes2 :

  • Indépendance entre égo et intellect
  • Volonté de réviser des points de vue personnels importants
  • Respect du point de vue des autres
  • Absence d’arrogance intellectuelle

Généralement, l’humilité intellectuelle implique d’être humble dans la manière dont on acquiert ou applique des connaissances. Cela signifie que l’on accepte l’aspect limité et imparfait de nos connaissances et capacités cognitives. Mais attention, il ne s’agit pas de manque de confiance en soi ou de doute excessif. Cette dimension implique simplement de rester ouvert aux nouvelles informations, de respecter les points de vue des autres et de ne pas se sentir menacé personnellement en cas de désaccord intellectuel2.

 

Mesurer l’humilité intellectuelle

L’intérêt de mesurer l’humilité intellectuel est double. Tout d’abord, il est parfois difficile d’estimer subjectivement notre propre niveau d’humilité. On peut tout à fait avoir l’impression d’être ouvert, modeste et à l’écoute alors que ce n’est pas le cas (ou à minima pas dans certains contextes). Ensuite, pour celui qui veut travailler sur cette dimension, il peut être intéressant de distinguer laquelle ou lesquelles des sous-composantes lui posent problème. On peut ne pas mettre sa fierté en jeu dans un débat et respecter le point de vue des autres tout en étant fermé aux idées divergentes. De même, ne pas être arrogant ne signifie pas nécessairement que l’on respecte ce que les autres ont à dire.

La « Comprehensive Intellectual Humility Scale » (CIHS) développée au cours de la dernière décennie, permet justement d’évaluer avec précision toutes les composantes de l’humilité intellectuelle2. En 22 questions, vous pourrez vous situer plus précisément sur ce sujet. L’échelle n’ayant pas encore été adaptée en français, la version que je vous propose ci-dessous a été traduite par mes soins.

Attention toutefois, si les scores sont ici reportés sur 100 pour faciliter leur interprétation, sachez que la moyenne des constatée pour les diverses populations testées ne se situe quasiment jamais à 50/100. J’ai donc ajouté des commentaires aux résultats pour vous aider à vous situer vis-à-vis de la population générale.

 

 

Globalement le niveau global d’humilité intellectuelle permet de prédire l’humilité dont vous ferez preuve sur un sujet spécifique3. Toutefois, cela n’est pas toujours parfait. Il existe une humilité dispositionnelle (votre tendance générale à être humble) et situationnelle (votre humilité dans une situation donnée). Ce n’est donc pas parce que votre score global est élevé que vous ferez preuve d’humilité intellectuelle en toutes circonstances.

 

Développer l’humilité intellectuelle

Il n’est jamais trop tard pour progresser en termes d’humilité. Comme toute compétence et capacité, cela se travaille et s’entretient. De plus, être humble n’est pas seulement plus reposant au quotidien, cela présente aussi de nombreux avantages :

  • Une plus grande capacité d’apprentissage
  • Une métacognition plus efficace
  • Le développement de la curiosité
  • Davantage de persévérance
  • De meilleures relations
  • Plus de comportements prosociaux

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’humilité intellectuelle et ses conséquences, je vous invite à lire cet article, entièrement consacré à ce sujet.

Voyons désormais quelques pistes pour travailler chacune des 4 composantes de l’humilité intellectuelle.

1. Séparer l’égo de l’intellect

L’égo est lié à notre identité, à ce qui nous distingue du reste du monde. Lorsqu’on parle de séparer égo et intellect, cela signifie qu’on ne se sent plus menacé personnellement par les désaccords, dissonances ou ambiguïtés. Dans ce cas, on ne prend pas les idées et les arguments des autres pour des attaques personnelles.

Bien sûr, lorsque le sujet évoqué touche le cœur de notre identité, il est d’autant plus douloureux de le reconsidérer. On va d’ailleurs avoir tendance à trouver des justifications pour que toute nouvelle information reste cohérente avec nos croyances, afin de limiter la dissonance cognitive.

Séparer égo et intellect n’est donc pas toujours évident. Voici toutefois quelques pistes pour vous aider à progresser à ce sujet :

  • Apprenez à connaître votre égo et définissez vos angoisses et complexes. L’idée est de comprendre nos motivations, ainsi que nos propres réactions quand nous nous sentons menacés par des idées ou des arguments.
  • Identifiez quand une discussion ou un sujet deviennent « personnels » . N’hésitez pas à analyser une situation qui vous a posé problème après un certain temps, à froid. De même, vous pouvez regarder des débats filmés (ou observer des conversations) et repérer les signes de ce basculement entre débat de fond et débat personnel (langage corporel défensif et tendu ; autojustifications comme « je ressens/sens » au lieu de « je pense » ; personne qui devient émotive ; arguments ad hominem plutôt que sur les idées, etc.).
  • Identifiez vos émotions avec précision. La méditation ou la pratique du journal de bord peuvent être tout à fait à propos pour faire ce travail.
  • Ne faites pas référence à l’identité quand vous débattez ou explorez des idées (ex : « je suis de droite/de gauche », « en tant qu’homme », « en tant que spécialiste » , etc.)
  • Abaissez le « volume » de votre égo. Là encore la pratique de la pleine conscience ou la méditation « d’amour bienveillant » peuvent être utiles. Prendre le temps d’une pause réflexive, chercher les points communs avec une personne avec laquelle vous êtes en désaccord et cultiver l’état d’esprit de développement sont autant de manières de faire ce travail.

2. Avoir la volonté de réviser ses points de vue

Réviser ses point de vue passe par le fait de se mettre à la place de l’autre, en découvrant de nouveaux contextes et de nouvelles façons de penser. Pour ce faire, vous pouvez voyager ou même vivre un temps à l’étranger si vous en avez la possibilité. Vous pouvez aussi simplement lire des livres qui vont vous permettre de comprendre la pensée de personnes ou de personnages qui ne partagent pas du tout votre quotidien. La lecture est un excellent moyen de créer une amorce pour remettre en question notre manière de voir les choses.

Entretenir son désir d’apprendre tout au long de la vie vous aidera également à rester ouvert à de nouvelles perspectives. Apprendre des langues étrangères peut aussi nous ouvrir à différentes visions du monde et élargit nos horizons.

3. Travailler sur le respect des points de vue différents des nôtres

Nous sommes tous tiraillés entre notre besoin d’appartenance et notre envie de nous différencier. Il faut donc veiller à trouver un équilibre qui ne nous exclut pas, mais qui ne nous isole pas pour autant.

Facteur 1 : respect du point de vue des autres

Pour réussir à comprendre les idées de ceux qui ne font pas parti de notre « groupe », il faut donc faire un effort pour développer un respect pour la diversité des points de vue. Cela peut se travailler en adoptant les principes suivants :

  • Le fait d’écouter les points de vue qui ne sont pas les siens sans interrompre autrui.
  • Ne pas dénigrer ou attaquer la personne qui a un point de vue différent du nôtre, même si un désaccord certain existe.
  • Traiter autrui ou le point de vue entendu avec le même tolérance avec laquelle on traite ses propres idées et soi-même.

Le but est donc de générer du respect pour ceux qui nous repoussent ou dont les idées nous perturbent. Personne ne se pense fondamentalement à mal. Il existe toujours des intentions positives derrière une prise de position. Ce sont celles-ci qu’il faut chercher à identifier.

Facteur 2 : construire l’empathie à travers le storytelling

Une autre manière de cultiver le respect pour autrui passe par l’empathie. Entendre le parcours de l’autre, son histoire, nous permet de nous connecter à ses émotions et à son vécu. Si on veut développer le respect pour une personne, écouter son histoire est toujours une bonne idée.

Facteur 3 : amener les gens à jouer

Enfin, le fait de partager des moments ludiques ou des projets communs avec des personnes qui ne partagent pas nos idées politiques ou nos opinions est également une manière de mettre en avant des points communs et de développer le respect.

4. Travailler sur l’arrogance intellectuelle

Pour cette dernière composante de l’humilité, l’objectif est d’atténuer l’arrogance intellectuelle que l’on peut développer sur certains sujets. En effet, si le fait d’avoir confiance en soi et en ses idées est important, cela peut aussi fermer nos horizons et nous empêcher d’apprendre.

Pour ne rien arranger, notre culture favorise le développement d’une certaine aversion à l’erreur, au fait d’avoir tort. On est récompensé parce qu’on a raison, pas parce qu’on explore ou parce qu’on pose des questions. C’est tout le problème à l’origine du développement d’un état d’esprit fixe.

De même, cela peut aboutir à l’enracinement cognitif : quand on trouve une bonne solution ou qu’on acquiert de l’expertise dans un domaine, on perd en flexibilité, en créativité et en adaptation.

Pour dépasser cet excès de confiance on peut :

  • Commencer ses arguments par « Je peux me tromper, mais… ». Un peu de modestie et de précautions peut parfois grandement changer la tournure d’un échange.
  • Cultiver un état d’esprit de développement. Le but est d’apprendre à dire qu’on ne sait « pas encore », plutôt que de cacher son ignorance, de se sentir stupide ou de se tromper lourdement par fierté.

Résumé de 6 pistes pour développer l'humilité intellectuelle sous forme d'icônes

Conclusions

Comme vous avez pu le constater à la lecture de cet article, l’humilité intellectuelle se développe via un travail de fond. Cultiver l’ouverture d’esprit, la curiosité, l’écoute et continuer à apprendre tout au long de la vie sont les principales clés pour développer cette dimension. Plusieurs approches similaires permettent d’ailleurs de travailler sur une ou plusieurs composantes de l’humilité. Même si on peut distinguer 4 sous-dimensions, il faut bien garder à l’esprit que l’humilité intellectuelle forme un tout cohérent.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille accepter tous les arguments ou être d’accord avec tout le monde. Le désaccord a son importance, le débat aussi. Mais il n’est possible que si l’on prend le temps de comprendre les intentions et les idées d’autrui. Peut-être que celles-ci ne nous conviendront pas, mais peut-être qu’elles nous permettront d’évoluer en enrichissant notre point de vue ou en rendant nos arguments plus robustes. Si on les balaye d’un revers de la main sans prendre le temps de les écouter, on s’assure de passer à côté d’idées intéressantes.

Pour terminer, gardez à l’esprit que nous sommes encore loin de tout connaître au sujet de l’humilité intellectuelle. Mais cela ne doit pas vous empêcher de remettre en question vos idées ou d’explorer de nouvelles manières de voir les choses. C’est ainsi qu’on continue à progresser et qu’on fait de belles découvertes et de belles rencontres !

 

Références

Voir les références
  1. Porter, T., Schumann, K., Selmeczy, D., & Trzesniewski, K. (2020). Intellectual humility predicts mastery behaviors when learning. Learning and Individual Differences, 80, 101888.
  2. Krumrei-Mancuso, E. J., & Rouse, S. V. (2016). The Development and Validation of the Comprehensive Intellectual Humility Scale. Journal of Personality Assessment, 98(2), 209‑221.
  3. Hoyle, R. H., Davisson, E. K., Diebels, K. J., & Leary, M. R. (2016). Holding specific views with humility : Conceptualization and measurement of specific intellectual humility. Personality and Individual Differences, 97, 165‑172.

Bastien Wagener

Docteur en psychologie et Maître-praticien PNL, je suis passionné à la fois par le développement personnel, mais aussi par la recherche sur les capacités et potentialités incroyables de l’être humain!

S'abonner
Me notifier des
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

1 Commentaire
plus récents
plus anciens plus de votes
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires

Aperçu du livre "Plus efficace & plus heureux" avec commentaires

1
0
Qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à laisser un commentaire !x